On entend de plus en plus dire que la télévision est morte – ou à l’agonie. Peut-être… Mais on ne sait plus très bien de quoi l’on parle, et on ne l’a sans doute jamais su. Qu’est-ce que la « télévision » ? Si on se réfère au poste, c’est un appareil de réception d’images en mouvement, organisées en chaînes et en programmes. Cet objet a connu bien des technologies, du tube cathodique aux cristaux liquides. Il a occupé, de plus en plus, une place de choix dans les foyers du XXe siècle.
Mais la télévision, ce n’est pas que le téléviseur… C’est un dispositif plus large de production et de diffusion, qui a impliqué non seulement des caméras, des micros et des studios, mais aussi un quadrillage complexe du territoire, des politiques publiques, des investissements privés massifs, d’innombrables stratégies de guerre culturelle pour avoir accès au « temps de cerveau disponible » des spectateurs.
« Télévisuel » a aussi désigné peu à peu, avec un soupçon de dénigrement, toute une esthétique associée à ces images populaires et bas de gamme : la scénographie des bulletins d’information sur un plateau ; les débats d’opinion et les clashs ; les retransmissions sportives ; le matraquage des réclames et des publicités ; la création de soap operas, d’abord financés par les marques de lessive à destination des femmes au foyer ; le développement des séries comme forme d’art en quête de légitimité…
Enfin, « télévision » signifie désormais toute une histoire et une tradition, qu’elle a fini par mettre elle-même en scène, à mesure de son vieillissement et de celui de son public, dans d’innombrables rediffusions et célébrations d’un « âge d’or » supposé.
Appareil technique, forme d’organisation de l’espace et du temps, dispositif économique et politique, art populaire et industriel, archives du siècle… Les théoriciens des médias s’efforcent d’articuler tout ce qu’a pu représenter la télévision, à mesure que son importance semble décroître. Ces débats complexes sont passionnants. Mais, au moment de fêter son « anniversaire », on peut aussi en revenir à l’idée simple dont la télévision est devenue la cristallisation au beau milieu de nos salons.
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