L’histoire se passe un peu plus de deux ans avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, et alors que tous les services de renseignement occidentaux ont les yeux rivés sur la montée en puissance des services russes. Un jour de l’été 2019, la police du canton alpin des Grisons interpelle deux individus suspects à Davos. Ils se disent plombiers, parlent anglais avec un fort accent d’Europe de l’Est, ne parviennent pas à expliquer la nature précise de leur travail sur place. Quand soudain, coupant court à l’échange, l’un d’eux exhibe un passeport diplomatique russe. L’hypothèse qui prévaut alors est que le duo effectuait des repérages en vue d’une opération pendant le Forum économique mondial, qui a lieu chaque année en janvier dans la station grisonne. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) est saisi de l’affaire, mais comme aucune preuve formelle ne peut être opposée aux suspects, ils sont relâchés.
La Suisse en fait-elle assez contre la guerre hybride menée en Europe par le régime russe ? La réponse est négative et elle figure dans un rapport dévastateur de la Délégation des commissions de gestion du Parlement suisse, un organe de contrôle des services de l’Etat. Rendu public jeudi 29 janvier, le document est à ce jour la charge la plus documentée et la plus virulente contre l’étrange passivité de Berne face à l’activisme des services secrets russes sur son territoire. En 2022 déjà, le contre-espionnage helvétique estimait qu’un agent russe sur cinq opérant en Europe était basé en Suisse. Plus précis encore, il évaluait qu’« un tiers au moins des personnels russes diplomatiques, consulaires ou techniques présents en Suisse se livre à des activités d’espionnage sous couverture ».
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