Livre. Le 18 octobre 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes. Désormais, la « religion prétendue réformée » n’a plus droit de cité en France. L’événement constitue une rupture dans l’histoire des protestants français. Jusque-là, ils avaient beaucoup enduré mais, vaille que vaille, la plupart avaient pu vivre leur foi – dans des conditions de plus en plus difficiles depuis le début du règne de Louis XIV. Désormais, ils subiront une persécution dont l’objectif proclamé est d’« extirper l’hérésie » du royaume.
Il y a quelques années, Philippe Joutard avait donné sur cette histoire une excellente synthèse : La Révocation de l’édit de Nantes ou les faiblesses d’un Etat (Gallimard, 2018). Patrick Cabanel, qui s’est imposé comme le grand spécialiste de l’histoire du protestantisme français, a choisi, lui, de s’inscrire dans la microhistoire. Avec Un village sous la révocation de l’édit de Nantes (Passés composés, 2025), il se penche sur l’événement à l’échelle locale. Saint-Germain-de-Calberte (Lozère), qui compte aujourd’hui 455 habitants, n’a pas été choisi au hasard.
A la veille de la révocation, ce village des Cévennes méridionales est presque unanimement réformé. Malgré ou pour cette raison, c’est là que l’abbé du Chaila, nommé inspecteur des missions, décide d’établir un séminaire. Saint-Germain-de-Calberte, dans l’esprit de ce prêtre, sera la citadelle catholique d’où s’opérera la reconquête des âmes hérétiques. C’est dire si le village fut frappé de plein fouet par la révocation !
L’historien relate donc les dragonnades, les abjurations arrachées, les pendaisons et les condamnations aux galères des protestants opiniâtres. Face à la persécution, certains acceptent de se convertir, d’autres fuient à l’étranger, d’autres encore continuent de vivre leur foi dans le secret. Patrick Cabanel fait le portrait de quelques-uns des habitants amenés à faire des choix qui déterminent toute leur existence. Il livre aussi le récit de certaines journées particulières, comme cette assemblée clandestine qui, découverte par des espions catholiques, sera interrompue à coups de fusil. Toute cette violence de la révocation s’est finalement avérée contre-productive pour l’Eglise catholique, estime l’historien. Face à l’oppression qu’on leur infligeait, la majorité des Cévenols semblent bien s’être raidis dans leur protestantisme.
Il vous reste 31.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.















