Les magistrats et commissaires de police refusent de servir de « boucs émissaires ». Dans une lettre adressée à Gérald Darmanin que BFMTV a pu consulter, les syndicats de ces deux professions reprochent au ministre de la Justice de les avoir mis en cause dans l’affaire Lyhanna.
« Jeter en pâture des agents publics qui œuvrent quotidiennement au service de la Nation dans des conditions profondément dégradées constitue une posture démagogique et stérile », écrivent l’Union syndicale des magistrats (USM) et le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN).
Selon eux, « les failles constatées ne sont pas le fruit de négligences fortuites, mais le résultat prévisible de décennies de déconnexion entre le volume des missions confiées et les moyens alloués à la justice comme à la police ».
Les deux organisations syndicales mettent en avant les difficultés auxquelles les professionnels sont quotidiennement confrontés. Il est question d’outils informatiques obsolètes, du manque d’officiers de police judiciaire et de la pénurie structurelle de magistrats. Autant d’éléments conduisant inévitablement à la saturation des parquets et commissariats.
Ils réclament des « actes forts »
« La chaîne pénale ne souffre pas d’un manque de conscience professionnelle de ses acteurs, mais d’un manque de moyens humains, matériels et logistiques », écrivent l’USM et le SCPN.
Réclamant la fin des réquisitoires politiques, des mises en cause individuelles et des injonctions contradictoires, les signataires de ce courrier demandent plutôt des « actes forts ».
En ce sens, ils préconisent « la simplification stricte des principes de nullité », ainsi que celle « des actes d’enquête et de la garde à vue ». Mais aussi l' »extension des techniques spéciales d’enquête », « la modernisation des interceptions de données informatiques » et « la refonte intégrale de la chaîne informatique ».
Ce courrier intervient comme une réponse à la lettre adressée par Gérald Darmanin à Laurent Nuñez en juillet dernier. Intitulée « suites de l’affaire Lyhanna », elle énumérait les failles constatées dans le traitement des affaires de violences sexuelles sur mineurs, parmi lesquelles des formations défaillantes, un désintérêt de la hiérarchie et des logiciels vétustes. Sollicité par BFMTV, l’entourage du garde des Sceaux n’a pas souhaité faire de commentaire.
Article original publié sur BFMTV.com

