C’est un des pouvoirs magiques de l’art en général, et de la musique en particulier : créer des pays imaginaires. Ainsi de cette Perse mandingue inventée au fil de trois albums – Jardins migrateurs (2015), Traversées (2019) et Estuaire, paru au début de février – par Kiya Tabassian, un Iranien établi à Montréal (Canada), et son confrère sénégalais Ablaye Cissoko, avec la complicité du percussionniste canadien Patrick Graham. Quitte à détourner des fleuves pour qu’ils se rejoignent dans cette embouchure « où l’eau douce rencontre l’eau salée, comme un symbole de passage, de renouveau et de fertilité », comme l’a déclaré Kiya Tabassian, dimanche 22 février, dans l’auditorium de La Seine musicale, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Sur une scène revêtue de kilims, deux instruments, que la géographie a séparés de 6 000 kilomètres, se rencontrent pour dialoguer. Le setar, un luth à manche long iranien dont l’étymologie signifie « trois cordes », alors qu’il en comporte quatre – « la troisième a été doublée il y a à peu près cent cinquante ans », précise Kiya Tabassian. « Il est petit, mais costaud », juge, admiratif, Ablaye Cissoko, surtout si l’on compare sa taille à celle de la kora, la harpe à calebasse jouée par le griot.
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