La fusée européenne Ariane-6 s’est envolée, jeudi 12 février, de Kourou, en Guyane française, avec 32 satellites pour la constellation Amazon Leo du groupe fondé par le milliardaire américain Jeff Bezos, concurrent en devenir de Starlink d’Elon Musk.
La fusée, la première dans sa configuration à quatre propulseurs, s’est élancée dans un ciel parfaitement dégagé, à l’orée de la forêt amazonienne depuis le centre spatial, en Guyane française. La mission durera 1 h 54 dont une vingtaine de minutes pour la séparation pour placer les satellites sur une orbite basse (Leo) à environ 465 kilomètres.
Ce sera le premier des 18 lancements qu’Arianespace, opérateur de la fusée, effectuera pour la constellation d’Internet haut débit d’Amazon, le groupe fondé par le milliardaire américain Jeff Bezos. Celle-ci ne compte à ce jour que 175 satellites en orbite qui ont été lancés par United Launch Alliance (ULA) et par son concurrent SpaceX, d’Elon Musk.
Amazon Leo dont le déploiement a pris du retard vise 3 200 satellites pour une couverture mondiale. Starlink repose déjà sur près de 9 400 satellites.
Un partenariat stratégique pour l’Europe spatiale
« Nous commençons avec 32 satellites et nous cherchons ensuite à augmenter [leur nombre] à chaque nouvelle mission », a affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) Martijn Van Delden, responsable du développement commercial Europe d’Amazon Leo, en soulignant qu’il s’agit de la « charge utile la plus importante à ce jour ». Plus le nombre de satellites par lancement est grand, plus celui-ci est rentable, explique-t-il.
Pour répondre à ce besoin, Ariane sera pour la première fois dotée de quatre propulseurs latéraux (version A64), au lieu des deux utilisés lors des cinq premiers vols (configuration A62) et d’une coiffe allongée ce qui permettra de doubler les capacités d’emport à 21,6 tonnes contre 10 à 11 précédemment.
La mission constitue un défi technique pour Ariane-6 : « déployer 32 satellites est plus compliqué que d’en déployer un, il faut les séparer les uns après les autres », explique à l’AFP Pierre Lionnet, directeur de recherche à Eurospace, association professionnelle de l’industrie spatiale européenne en rappelant avec confiance qu’Ariane-5, prédécesseur d’Ariane-6, réalisait déjà ce genre d’opérations.
Pour David Cavaillolès, patron d’Arianespace, les lancements pour Amazon sont « très utiles pour l’avenir » car ils peuvent servir d’entraînement pour la constellation IRIS², un projet phare de l’Union européenne qui vise à assurer une connectivité sécurisée et souveraine et dont le déploiement est prévu à partir de 2029.
Enjeux économiques et souveraineté européenne
Selon Pierre Lionnet, cette coopération est avantageuse tant pour Amazon pour qu’« il est important d’accélérer les lancements », que pour Arianespace, qui doit poursuivre la montée en cadence pour rester compétitive et dépend à ce stade d’un client commercial de taille, ses lancements institutionnels étant limités à deux à quatre par an tandis que de nombreux pays européens se tournent vers SpaceX. « Cela n’a absolument rien de choquant que nous déployions une constellation comme celle d’Amazon Leo, qui est en fait un concurrent à Starlink », déclare-t-il.
Amazon promet de son côté que ce partenariat se traduira par une hausse de 2,8 milliards d’euros du PIB de l’Union européenne entre 2022 et 2029. Sur ce total, 1,38 milliard bénéficierait à la France, qui en capterait la plus grande part, soutenant près de 1 600 emplois.
« A terme, un lanceur européen souverain ne peut pas dépendre principalement des marchés étrangers », nuance pour sa part Ludwig Moeller, directeur de l’ESPI (European Space Policy Institute) basé à Vienne. Ceux-ci risquent d’« exiger un traitement prioritaire soutenu par leur puissance économique, ou peuvent devenir imprévisibles ou inaccessibles sans préavis, compte tenu de l’environnement géopolitique actuel et des guerres commerciales », met-il en garde.














