- Après des mois de préparation, le gouvernement a publié, ce samedi au Journal officiel, sa nouvelle stratégie nationale bas-carbone.
- Un plan pour rendre la France « neutre en carbone » en 2050.
- On a décortiqué cette fameuse « SNBC-3 » pour vous.
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Elle est enfin là. Après de longs mois de préparation, le gouvernement a publié au Journal officiel, samedi 18 juillet, le décret, pour valider sa troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3) (nouvelle fenêtre). Un document qui présente son plan pour faire de la France un pays « neutre en carbone » à horizon 2050.
Une annonce faite alors que la France a vécu sa troisième vague de chaleur depuis le mois de mai (nouvelle fenêtre), secouée par d’importants incendies, et se trouve dans une situation de sécheresse « exceptionnelle ».
« Cette actualité nous rappelle le besoin d’accélérer notre adaptation, mais n’occulte pas pour autant la nécessité de mener des efforts tout aussi soutenus en matière de décarbonation. Car la première résolution face au changement climatique reste la baisse des émissions »,
a affirmé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, en présentant ce plan au ministère.
Sept objectifs stratégiques
Dans cette nouvelle SNBC, révisée tous les cinq ans, la France rappelle ses ambitions : réduire de 50% ses émissions sur le territoire d’ici à 2030 (et comparé à 1990), atteindre la neutralité en 2050 – c’est-à-dire un équilibre entre les quantités de carbone émises et celles absorbées par l’atmosphère -, et mettre un terme à la consommation de charbon d’ici quatre ans, de pétrole d’ici 10 ans et de gaz fossile d’ici 25 ans.
Pour la première fois dans cette volonté de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement mentionne aussi l’empreinte carbone de la France, c’est-à-dire les émissions liées « à la totalité de la consommation en France, y compris les importations ».
Autre objectif : « garantir une transition juste, soutenable et compétitive »,
mais aussi « consolider les puits de carbone naturels »
et réduire la consommation d’énergie.
Transports, agriculture et industrie
Pour atteindre ces objectifs, tous les secteurs sont mobilisés.
Dans les transports, l’ambition est de réduire les émissions de 26% à horizon 2030, puis d’atteindre la « quasi-neutralité »
en 2050 avec « des émissions résiduelles de 0,6 million de tonnes (Mt )d’équivalent CO₂ (CO₂e), principalement pour l’aviation domestique »
, pointe le gouvernement. Autres objectifs : atteindre 66% de voitures électriques neuves dans les ventes en 2030 (nouvelle fenêtre), un taux de 15% dans le parc roulant ou encore un triplement du nombre de trajets covoiturés entre 2019 et 2027 ou multiplier par trois la mobilité à vélo entre 2019 et 2030.
Dans l’agriculture, le but est de diminuer les émissions de 26% d’ici à 2030 et de 53% d’ici à 2050. Le tout en misant, notamment, sur une évolution des régimes alimentaires avec une augmentation de la consommation de fruits et légumes (+23% par personne à horizon 2050 par rapport à 2020) et de légumineuses (multiplication par quatre).
Autre point et nouveauté : une « limitation de la
consommation de viande et de charcuterie
(nouvelle fenêtre) et une réduction de la consommation de viande importée ».
Une question délicate en France, mais pointée comme l’une des plus importantes solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur. Le gouvernement mise aussi sur un recul des émissions des troupeaux et des déjections animales, et une baisse des émissions des engins et infrastructures agricoles.
Pour l’industrie, la SNBC-3 table sur une baisse de 70% des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030 et de 96% d’ici à 2050 à travers l’électrification ou encore les technologies de captation de carbone, pour lesquelles elle ambitionne de passer de quatre à huit Mt de CO₂e par an à horizon 2030 et entre 20 et 40 Mt CO₂e par an à horizon 2050. Des outils jugés nécessaires dans la lutte contre le changement climatique mais dont l’efficacité fait encore débat.
Côté bâtiments, l’ambition est de diminuer les émissions de 61% en 2030 et 97% en 2050 par rapport, toujours, à 1990. Pour cela, le gouvernement mise sur une diminution d’au moins 60% du parc de chaudières à fioul, de 20% des chaudières à gaz et sur l’installation massive (neuf millions en 2030 et un million en 2050) de pompes à chaleur. Les rénovations de bâtiments devront atteindre le rythme de 700.000 par an d’ici quatre ans alors que les passoires énergétiques devront être « éradiquées »
à l’horizon 2035-2040.
Énergie et puits de carbone
Dans le secteur stratégique de l’énergie, les émissions « devront être réduites de 69% en 2030 »
et de « 96% en 2050 »,
avance le gouvernement qui établit une feuille de route claire : sortie de la production électrique de charbon en 2027, sortie de la production de pétrole brut et de gaz fossile sur le territoire national en 2040, sortie du pétrole en 2045 et sortie du gaz fossile en 2050. Des engagements déjà publiés en décembre et qui avaient été salués lors de la première conférence sur la sortie des énergies fossiles à Santa Marta (Colombie) fin avril.
Pour accélérer sur ce sujet, le gouvernement a lancé son plan d’électrification des usages en avril dernier (nouvelle fenêtre), qui regroupe les mesures de l’industrie aux transports en passant par le numérique.
Sur la gestion des déchets, les baisses devront être de 28 et 55% en 2030 puis 2050 pour tenir l’objectif français et européen. Parmi les mesures à mettre en œuvre : une diminution du volume des déchets et des déchets plastiques et « encourager la valorisation matière »
.
Grand enjeu pris en compte dans la SNBC-3 : les puits de carbone, pour lesquels les scientifiques tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Leur affaiblissement en France mine en effet les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, certaines forêts françaises étant même devenues émettrices de CO₂. Ainsi, le gouvernement prévoit que les terres et forêts en France devront absorber autour de 33 Mt de carbone en 2030 et 23 Mt en 2050 alors que ces chiffres sont en baisse depuis 2013.
Pour tenter de leur redonner vie, la stratégie française ambitionne de renouveler et d’adapter 10% des forêts françaises d’ici à 2032 en créant notamment dans les zones considérées comme dépérissantes des sites plus diversifiés « résistants au climat et capables de stocker du CO2 durablement ».
Un des objectifs est aussi d’augmenter la surface forestière (200.000 hectares reboisés entre 2030 et 2039) et de développer les haies.
La nouveauté de l’empreinte carbone
Pour la première fois, la France intègre dans sa stratégie son « empreinte carbone » avec des objectifs chiffrés. En 2024, cette dernière est estimée à 563 tonnes de CO₂e, soit 8,2 tonnes par habitant. 50% de ces émissions viennent de la France. Dans la SNBC-3, l’État vise une baisse de -71 à -79% de ces émissions en 2050 par rapport à 2010, notamment en réduisant l’empreinte liée à la consommation – dont la loi sur la fast-fashion est un exemple (nouvelle fenêtre) – mais aussi en favorisant la production de biens en France via la « réindustrialisation verte ».
Dernier point : la réduction de l’empreinte du numérique, un des rares secteurs dont les émissions continuent d’augmenter (+18% depuis 2020) et pourraient doubler voire tripler d’ici à 2050 sans action. La SNBC-3 vise ainsi à « stabiliser » ces émissions en « développant la souveraineté numérique d’ici 2030-2035 »
sans toutefois avancer d’objectif de réduction précis à horizon 2050.
Autant d’objectifs qui doivent permettre à la France de limiter son impact sur le changement climatique. Un texte publié alors que la France est frappée de plein fouet par les conséquences du changement climatique et que le gouvernement a été accusé de ne pas aller assez vite en matière d’adaptation. Cette politique d’atténuation, indispensable à mener en parallèle, ne fait pas non plus totalement consensus.
« Est-ce que c’est la SNBC qu’auraient faite les ONG ? Non, clairement, on aurait davantage appuyé sur la sobriété, notamment dans le transport international »,
a affirmé Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, présente au ministère lors de la présentation du texte, jeudi.
Celle-ci a aussi mis l’accent également sur la nécessaire « transparence »
sur les leviers évoqués dans le texte et sur « une mise en cohérence des politiques avec ces trajectoires »
, à l’heure où la baisse des émissions françaises a marqué le pas en 2024 et 2025, avec des baisses respectives de 3% et 2,1%.




