La critique du capitalisme, de l’immoralité des sociétés occidentales, de la corruption de leurs élites, de l’enrichissement d’une petite minorité au détriment des masses, a toujours alimenté la rhétorique des dignitaires de la République islamique d’Iran, qu’ils soient chefs religieux ou politiques. La parabole de la paille et de la poutre pourrait s’appliquer à ce régime. Depuis des décennies, il a assis son pouvoir sur les mêmes maux qu’il reproche à l’Occident, et qui ont finalement déclenché le vaste mouvement de contestation réprimé dans le sang ces derniers jours.
Si une révolte aussi puissante a toujours des causes profondes et multiples, il est instructif d’identifier l’étincelle qui a conduit à l’embrasement général. La faillite de l’Ayandeh Bank a joué un rôle d’accélérateur dans la déliquescence d’un pouvoir affaibli par des années de sanctions internationales. Pratiques douteuses, régulation laxiste, rapports incestueux entre privé et public, et malversations couvertes au plus haut sommet de l’Etat ont abouti à fabriquer une bombe à retardement capable de faire vaciller le régime.
L’Ayandeh Bank a été créé en 2013 par Ali Ansari, l’un des hommes d’affaires les plus riches d’Iran et proche de l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Elle s’est fait connaître en finançant l’Iran Mall, le plus grand centre commercial du monde en superficie inauguré en 2018. Un délire immobilier avec piscines, patinoires, jardins intérieurs et une galerie des glaces inspirée d’un palais impérial perse du XVᵉ siècle.
Pour le financer, M. Ansari a utilisé la banque en s’octroyant un prêt de 10 milliards de dollars, qu’il n’a jamais remboursé, tout en conservant le contrôle capitalistique de l’Iran Mall. Le montage est caractéristique du fonctionnement endogamique du système bancaire iranien. L’Ayandeh Bank allouait ainsi 90 % des dépôts des clients à des projets qu’elle gérait elle-même, en toute illégalité.
Pour alimenter le flux de dépôts, la banque attirait les clients en leur proposant des taux d’intérêt supérieurs de 6 à 7 points de pourcentage à la moyenne du marché. Cette véritable pyramide de Ponzi, consistant à rémunérer les investissements des clients par les fonds procurés par les nouveaux entrants, a fini par pervertir l’ensemble du système bancaire iranien.
Il vous reste 62.06% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.












