Quatorze années passées sur le front des litiges financiers à voir passer les produits d’épargne faussement mirobolants, les contrats aux clauses volontairement incompréhensibles, et souvent la naïveté des petits épargnants trop avides au gain… A 78 ans, Marielle Cohen-Branche a quitté, au 1er décembre 2025, son poste de médiatrice de l’Autorité des marchés financiers (AMF), après y avoir été nommée pour la première fois en 2011.
Son travail a servi de premier rempart pour protéger les investisseurs particuliers. Il s’agit d’une simple médiation, reposant par définition sur une entente à l’amiable entre les deux parties. Mais, dans l’ensemble, ça marche : dans 95 % des cas – sur un total d’environ 3 000 dossiers reçus en 2024 –, la décision rendue par la médiatrice a été acceptée. L’intérêt est évident : petits épargnants comme institutions financières évitent ainsi d’aller en justice et accélèrent la résolution d’un litige.
Grâce à cette perspective unique sur les petites et grandes tricheries de la finance, Mme Cohen-Branche était au premier rang pour voir passer les principales évolutions de ces dernières années : l’importance croissante des réseaux sociaux, l’explosion des cryptoactifs, le rajeunissement des épargnants depuis la crise due au Covid-19… Elle constate aussi un important trou dans la raquette, qui l’a régulièrement gêné dans son travail : le passeport financier européen, qui permet à une firme installée n’importe où dans l’Union européenne de vendre ses produits dans le reste du marché unique.
Difficultés remédiables
« Sur le papier, c’est une très bonne idée, mais elle repose sur le postulat erroné que tous les régulateurs ont les mêmes moyens, voire la même volonté. » En clair, une société financière enregistrée à Chypre ou à Malte – pour prendre deux juridictions pas du tout au hasard – est supervisée de façon nettement plus légère qu’en France, alors qu’elle peut y vendre ses produits. La faille est devenue un véritable système. « Les professionnels agréés à Chypre n’ont trop souvent que fort peu de clients chypriotes », constate Mme Cohen-Branche.
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