A quatorze mois de l’élection présidentielle, les municipales des 15 et 22 mars seront un premier test important pour ceux qui rêvent d’une alliance entre Les Républicains (LR) et les partis d’extrême droite. Les rapprochements sont pour le moment sporadiques. Mais des signaux faibles apparaissent un peu partout en France.
A Nice, un député européen LR, Christophe Gomart, a affiché son soutien à Eric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République (UDR), parti allié au Rassemblement national (RN). A Colmar, un président de fédération LR, Alain Kott, appuie la liste RN. A Bourg-en-Bresse, une tête de liste Reconquête ! est suivie par des cadres locaux LR. A Paris, une adjointe au maire du 17e arrondissement, Aurélie Assouline (LR), a rejoint la campagne de la candidate Reconquête ! Sarah Knafo.
Même si les dirigeants de LR ont réagi rapidement en suspendant M. Kott, les fissures dans le rempart pourraient s’élargir pendant l’entre-deux-tours. Y aura-t-il des fusions de listes ? Ou des retraits concertés de part et d’autre ? Depuis des mois, Bruno Retailleau, président du parti, et Laurent Wauquiez, chef des députés LR, ont déjà sciemment affaibli le barrage républicain en optant pour la stratégie du « Tout sauf LFI [La France insoumise ] ». Un appel implicite à voter extrême droite dans certaines circonstances et une évolution majeure du « ni-ni » sarkozyste, qui constituait déjà une première brèche dans la digue républicaine en prônant l’abstention en cas de second tour entre la gauche et le RN.
Avec presque les mêmes mots, Jordan Bardella, président du RN, appelle, lui aussi, à voter pour la droite si une candidature mélenchoniste peut l’emporter. Même si ce scénario sera sans doute très rare lors des élections municipales, il pourrait créer un précédent important et délétère à l’approche des échéances nationales.
Marginalisés par neuf années de macronisme et par les succès électoraux du RN, poussés par des médias conservateurs de moins en moins rétifs à une union, les dirigeants de droite ont fait tomber de nombreux garde-fous idéologiques. Candidat à l’élection présidentielle depuis jeudi 12 février, Bruno Retailleau tempête contre le gouvernement des juges, explique que l’Etat de droit n’est « ni intangible ni sacré », et prône une révision constitutionnelle pour faire des référendums sur l’immigration.
A l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez a laissé ses députés programmer une proposition de loi sur la légitime défense des policiers. En usant des mêmes mots, ils ont préparé le terrain et les esprits à une victoire culturelle de l’extrême droite, qui rêve pourtant de les marginaliser puis de les faire disparaître.
Dans ce contexte, les formations de l’UDR et de Reconquête !, beaucoup plus libérales d’un point de vue économique, font office de sas entre les deux familles politiques, avec des élus LR nettement plus prompts à rejoindre des listes ciottistes et zemmouristes. Ce phénomène se déroule dans une confusion savamment entretenue. Ainsi, Sarah Knafo, qui refuse le qualificatif d’« extrême droite », est complaisamment décrite dans de nombreux journaux et sur certaines chaînes d’information comme une femme de droite classique.
Sa formation est pourtant au service d’un homme, Eric Zemmour, condamné pour « provocation à la haine raciale » et « injures racistes » pour des propos tenus en 2019 et en 2023. Cette bataille sémantique, savamment entretenue, ne doit pas masquer la réalité : un rapprochement n’aurait rien à voir avec une « union des droites » vantée à longueur d’interviews par Jordan Bardella, mais aboutirait plutôt à une dissolution de l’ex-droite gaulliste dans l’extrême droite.














