Après le Forum économique mondial de Davos, qui s’est tenu du 19 au 23 janvier, l’Europe a poussé un immense soupir de soulagement : elle s’est sortie d’une crise interne qui menaçait de devenir la plus grave qu’ait jamais connue l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord [OTAN], déclenchée par la tentative américaine d’annexer le Groenland. Mais cette expérience aidera-t-elle les Européens à s’unir, plutôt que de se reposer sur les Etats-Unis ? Ou, lors de l’inévitable prochaine crise, feront-ils apparaître, une fois de plus, de profondes divisions ? Et aujourd’hui, l’Europe est-elle prête à suivre le mouvement lancé par le premier ministre canadien, Mark Carney, dont l’appel à la résistance face à l’impérialisme américain a été applaudi à Davos ?
Si l’Europe peine à trouver sa propre voix sur la scène internationale, c’est notamment du fait de sa dépendance cognitive vis-à-vis des Etats-Unis : elle module sa vision du monde en fonction de celle de son modèle américain. Et même lorsqu’elle est unie, elle agit en se plaçant sous la houlette de Washington ; par exemple lorsqu’elle soutient l’Ukraine contre la Russie. La dépendance européenne vis-à-vis des Etats-Unis est donc loin de n’être que matérielle : elle est profondément ancrée dans les inconscients européens.
Il existe en Europe un certain nombre de nuances de transatlantisme, d’intensité variable. Et cette diversité fait que l’Europe met du temps à assimiler les leçons de l’année 2025. Dans certains pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, les liens transatlantiques historiques ont façonné des générations entières de diplomates et de mandarins de la politique étrangère. Pendant toute la crise du Groenland, par exemple, Londres a pris des pincettes avec Washington, et le premier ministre, Keir Starmer, n’a haussé le ton que lorsque Donald Trump a dénigré le rôle des troupes britanniques dans la guerre en Afghanistan (2001-2021). Dans l’est de l’Europe, les Américains occupent une place centrale depuis la fin de l’ère soviétique : pour ces pays focalisés sur la menace russe, c’est une priorité que les Etats-Unis restent engagés sur le Vieux Continent.
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