L’été est loin d’être terminé et les vagues de chaleur s’enchaînent. L’eau des sols, des rivières et des lacs s’évapore à un rythme inhabituel. « La principale cause de cette sécheresse n’est pas le manque de pluie, mais le réchauffement de l’atmosphère, qui a engendré une augmentation de l’évaporation. Ce qui s’est traduit par un assèchement des sols. Le changement climatique a rendu cette sécheresse environ cinq fois plus probable dans l’ouest de l’Europe, et environ onze fois plus probable dans l’est de l’Europe », explique Mariam Zachariah, chercheuse à l’Imperial College de Londres.
Les conséquences se font déjà ressentir dans plusieurs secteurs. « L’activité des feux de forêt s’intensifie rapidement, surtout en Espagne et en France. Le faible niveau des rivières menace la production hydroélectrique et le transport fluvial des marchandises. Et partout en Europe, des villes instaurent des restrictions d’eau. D’importantes pertes agricoles risquent d’augmenter les prix de l’alimentation et d’aggraver les inégalités sociales. Il est essentiel que les États européens anticipent les sécheresses et ne soient plus dans la simple gestion de crise », souligne Merel Laauwen, chercheuse aux Pays-Bas.
Les premières estimations confirment déjà l’impact économique de cette sécheresse. La chaleur du mois de juin devrait coûter près de 2 milliards d’euros aux producteurs européens de céréales et entraîner une baisse de la production d’environ 10 millions de tonnes par rapport aux prévisions initiales.
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« On est aux limites des végétaux »
Ce sont les agriculteurs français qui sont les plus impactés. Dans le département de l’Ain, Benoît Merlo, cultivateur et éleveur bovin, tente depuis plusieurs années d’adapter son exploitation aux nouvelles conditions climatiques. Mais pour lui, l’adaptation a ses limites et les responsables doivent désormais engager une mobilisation générale.
« On est vraiment aux limites des limites des végétaux. Et pourtant, ça fait dix ans déjà que nous, en tout cas, on a fait un travail de sélection et de remplacement d’espèces. Depuis 2020, on ne produit plus du tout de maïs qui sont très sensibles au manque d’eau pour des espèces plutôt africaines, type sorgo, qui sont plus adaptées au plus chaud et au plus sec », explique-t-il.
Mais même ces adaptations ne suffisent plus toujours face à l’intensification des épisodes de chaleur. « On a des difficultés qui sont visibles sur toutes les légumineuses comme le soja. Au-delà de 35 degrés, les fleurs brûlent. Et le sorgo, s’il arrive à tenir correctement cette année, c’est vraiment que ce sera la plante qui aura de l’avenir. Par contre, la dernière culture de printemps qu’on a, c’est le sarrasin. Le sarrasin, c’est catastrophique, il est vraiment en grande souffrance et je pense que ça fera zéro. On sera à 100 % de perte. »
Pour l’agriculteur, le constat est clair : il faut changer de modèle agricole. « Quand il fait plus de 40 degrés, toutes les limites sont atteintes d’un point de vue physiologique pour les plantes. C’est bien pour ça qu’il va falloir changer de logique pendant 50 ans, voire un peu plus. L’agriculture s’est construite dans un climat qui était stable et aujourd’hui ce n’est plus le cas, et on n’est pas du tout prêt à encaisser tout ça. »
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