« Les compositeurs à l’image sont les troisièmes auteurs d’un film » : c’est ce qu’a affirmé Amine Bouhafa, compositeur franco-tunisien, lors de sa Leçon de musique ce lundi à Cannes. Connu pour avoir sublimé Timbuktu du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, Oka du Malien Souleymane Cissé ou plus récemment La Petite Dernière de la Française Hafsia Herzi… À 39 ans, il est le plus jeune compositeur invité pour cette masterclass annuelle dans le cadre du Festival, véritable fenêtre sur le travail des compositeurs de musique de films. Cette année, il a écrit la bande originale du film d’animation Carmen, l’oiseau rebelle, présenté à la Quinzaine des cinéastes.
Il raconte : « Je voulais faire découvrir l’opéra à des enfants. Carmen, c’est un héritage incroyable, je voulais que mon fils de 8 ans puisse chanter Carmen, applaudir en entendant La Garde Montante et d’autres thèmes qu’on ne connaît pas dans cet opéra-là. Et je voulais aussi que les adultes qui vont accompagner leurs enfants pour voir ce film découvrent des thèmes, des mélodies cachées ou qu’on connaît pas, qui n’ont pas été beaucoup mises à l’honneur ou en tout cas développées par Bizet. Donc, c’est un travail à la fois de documentariste musical sur l’opéra de Bizet mais aussi de tissage de pans entre cet héritage et aujourd’hui. »
Et quand les collaborations entre cinéastes et musiciens fonctionnent bien, pourquoi ne pas renouveler l’expérience ? La compositrice uruguayenne Florencia di Concilio est présente à Cannes pour sa mise en musique du film Histoires de la nuit par Léa Mysius, sélectionné en compétition…
« Histoire de la nuit, c’est une longue histoire d’amour avec Léa Mysius et ses films puisque j’ai la chance d’avoir composé la musique de tous ses longs métrages. Là c’est notre troisième collaboration, et je pense que si ma musique prenait la forme d’images, ça ressemblerait pas mal aux films de Léa Mysius », sourit-elle.
Le festival et son marché du film sont aussi une terre de rencontres pour les cinéastes en quête de musique… C’est ici-même que la réalisatrice kosovare Blerta Basholli, en quête de musique, a rencontré la compositrice française Audrey Ismaël. Les voici de nouveau ensemble ici cette année pour Dua, le coming of age d’une jeune fille dans un contexte de guerre au Kosovo.
Elle raconte son processus créatif : « Ce qui m’intéressait, c’était de raconter un peu l’ambiguïté et la complexité que traverse Dua tout au long de ce chemin-là. Elle est très observatrice de ce qui l’entoure, à la fois de sa vie de jeune collégienne et en même temps entourée de sa famille… Pour la musique, on a trouvé quelque chose d’assez texturé, j’ai enregistré un quatuor de cordes, des textures de piano, des choses non-reconnaissables… Et j’aimais bien mêler le côté un peu edgy de ces textures avec ce quatuor un peu classique. C’est assez peu mélodique, et finalement c’est assez complexe parce qu’on sent qu’elle est traversée par des émotions qu’elle ne maîtrise pas complètement, qu’elle ne comprend peut-être même pas totalement. Moi, je dis souvent que la musique originale, c’est presque comme l’étalonnage du film, c’est aussi un grand liant en termes de couleurs et de direction artistique. »
Habitués à voir leur nom figurer tout en bas des génériques, les compositeurs étaient ce lundi tout en haut des marches du festival de Cannes : une belle manière de célébrer les liens puissants entre musique et cinéma.











