Au premier jour du procès de l’ex-sénateur Joël Guerriau à Paris, ce lundi 26 janvier, deux récits irréconciliables se sont affrontés autour d’une soirée devenue emblématique du fléau de la soumission chimique.
L’ancien sénateur centriste de Loire-Atlantique, qui a démissionné du Sénat en octobre dernier, comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir administré de l’ecstasy à la députée Sandrine Josso, dans l’intention de la violer. Un dessein qu’il conteste vivement. La plaignante raconte quant à elle une soirée au cours de laquelle la peur s’est imposée progressivement, jusqu’à l’urgence de fuir.
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« Je suis allée voir un ami, je suis allée le cœur léger fêter sa réélection. Au fur et à mesure de la soirée, j’ai découvert un agresseur, en fait », résume à la barre Sandrine Josso, 50 ans, la voix fragile mais posée, face à une salle comble.
« Je comprends le danger »
De mots lents, soigneusement choisis, la députée MoDem remonte le fil de la soirée du 14 novembre 2023, qui a bouleversé sa vie. Invitée entre deux séances parlementaires à l’appartement parisien de Joël Guerriau, dans le VIe arrondissement, elle arrive vers 20 heures. Elle découvre alors son hôte en tenue décontractée, et comprend qu’elle est en fait la seule invitée.
Le champagne est servi. Dès les premières gorgées, le goût interpelle la députée. Elle le qualifie de « sucré » et d’ « un peu gluant ». Elle pense d’abord à une bouteille défectueuse, mais l’attitude de son hôte l’inquiète : il insiste pour trinquer à nouveau, lui reproche de ne pas boire, joue avec l’éclairage du salon, montant puis baissant brusquement l’intensité. « Je trouvais ça étonnant », raconte-t-elle à la barre.
Vingt minutes plus tard, Sandrine Josso ressent des palpitations, des bouffées de chaleur puis de froid, des nausées, ainsi que des tremblements. La panique s’installe alors lorsqu’elle aperçoit Joël Guerriau manipuler un sachet transparent près de la cuisine.
« Sa tenue vestimentaire, le fait qu’il soit monté sur pile, qu’il me force à boire, je me dis qu’il a mis quelque chose dans mon verre. Là je comprends qu’il faut que je parte, je comprends le danger », explique Sandrine Josso.
En grande détresse, peinant à parler et à tenir debout, persuadée que son cœur va lâcher, Sandrine Josso quitte précipitamment les lieux vers 22 heures. Elle se fait conduire à l’Assemblée nationale, avant d’être hospitalisée. Les analyses toxicologiques révèlent une intoxication massive à la MDMA : 388 nanogrammes par millilitre de sang, soit bien au-delà d’une consommation dite « récréative ».
« Bref, je suis un imbécile »
À la barre, Joël Guerriau livre une toute autre version. Interrogé pendant près de trois heures, il invoque une « abracadabrante inadvertance » sur fond de dépression. La veille après une « journée horrible », dit-il, il aurait versé de l’ecstasy, fournie par un collègue sénateur pour l’ « aider », dans une coupe destinée à lui-même, avant de renoncer et d’oublier le verre au fond d’un placard, avec la drogue dedans.
« Ça paraît incompréhensible », relève dubitatif le président du tribunal Thierry Donard.
Ce n’est que durant la soirée, affirme Joël Guerriau, qu’il se serait soudain souvenu de la présence de la substance dans l’un des verres servis. Il assure avoir observé Sandrine Josso uniquement pour vérifier l’apparition d’éventuels symptômes. « Je n’ai rien vu. Ça m’a rassuré. »
« Bref, je suis un imbécile », conclut-il, allant jusqu’à saluer l’engagement ultérieur de la députée contre la soumission chimique.
Un contraste saisissant entre deux récits. Le tribunal poursuivra l’examen de l’affaire mardi.
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