Trois jeunes gendarmes, jugés vendredi à Pontoise pour s’être laissés corrompre et avoir vendu des informations issues de fichiers, ont été condamnés à des peines de prison ferme, aménageables pour deux d’entre eux en détention sous bracelet.
« J’ai honte, l’institution m’avait fait confiance », avait déclaré aux juges M. K., 24 ans, soupçonné d’avoir perçu illicitement à lui seul plus de 130.000 euros en quelques mois.
Il a été condamné le plus lourdement, à quatre ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, et maintenu en détention.
Ce Toulousain au visage juvénile s’était souvenu qu’il avait été « la fierté de sa famille » en exerçant comme gendarme en région parisienne. « J’ai fauté, j’ai manqué, j’ai fait une grosse connerie que je ne recommencerai pas », avait conclu l’ex-gendarme, recruté par la police municipale de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) avant la mise au jour des faits.
Le tribunal correctionnel s’est penché toute la journée sur le parcours des trois « gendarmes adjoints volontaires » (GAV), deux hommes et une femme, âgés de 20, 24 et 27 ans, affectés à Domont et Pontoise (Val-d’Oise).
Ils ont reconnu avoir été illicitement rémunérés pour consulter et/ou modifier des fichiers judiciaires et administratifs pour le compte de loueurs de voitures du Sud-Ouest – en fait des représentants de garages « fictifs », sur fond de soupçons de trafic de voitures volées.
Un peu en-dessous des réquisitions, le tribunal les a condamnés à des peines allant d’un an ferme aménageable sous bracelet électronique à deux ans fermes avec maintien en détention. Des amendes de 5.000 à 20.000 euros leur sont infligées. Ils ont l’interdiction définitive d’exercer tout emploi dans la fonction publique.
H. K. avait reconnu « la corruption passive et l’ensemble des infractions sur les fichiers »: « je levais des immobilisations (de véhicules) en échange de rémunération », avait-il résumé.
Son salaire lui semblait faible – 1.130 euros par mois (avec logement gratuit) – et il cherchait à louer un véhicule de luxe pour le mariage de sa sœur, selon son récit, quand il avait « cédé à la tentation » pour la première fois: « consulter le fichier des personnes recherchées pour 600 euros ».
La suite, « c’est le cercle vicieux: les personnes à qui je rendais ces services (…) pouvaient me dénoncer à mes gradés ». Puis il avait aussi « pris goût » au flux financier… La procureure remarquera qu’il aimait « le jeu, les casinos, la belle vie, flamber ».
– Dix-sept comptes bancaires –
Les investigations avaient trouvé leur origine, en juillet 2025, dans un contrôle de véhicule par la brigade motorisée de la gendarmerie d’Orléans.
Les enquêteurs avaient ensuite découvert qu’H. K. avait procédé à des centaines de levées d’immobilisation, et possédait 17 comptes bancaires. Ignorant que sa Mercedes était placée sur écoute, il avait répondu à sa sœur qui s’étonnait qu’il ait une telle voiture: « 20 ou 30 dossiers par jour à 200 euros, calcule ce que ça fait ».
Une jeune recrue de la gendarmerie de Domont, O. B., avait suivi son mauvais exemple. Selon le dossier, ce gendarme aujourd’hui âgé de 20 ans a perçu plus de 30.000 euros.
Plaidant son « immaturité », O. B. a fait valoir ses « difficultés » financières, comme aîné de sa famille algérienne qui voulait aider sa mère, le père étant handicapé.
La troisième gendarme jugée est une Marseillaise de 27 ans, approchée par une personne dans un bar à chicha de Cergy (Val-d’Oise). Elle n’a perçu que quelques milliers d’euros pour des consultations du fichier des immatriculations. « Je ne voyais pas le mal », a glissé celle qui voulait « arrondir ses fins de mois ».
La défense s’est globalement étonnée que l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) ait « mis le paquet » pour aboutir à un dossier judiciaire de « 3.800 pages ».
L’avocat du plus jeune gendarme, Me Rachid Madid, souligne cependant auprès de l’AFP que « ce n’est pas la corruption du haut du spectre – ils ne consultaient pas des fichiers pour (Mohamed) Amra ou des narcotrafiquants – plutôt de la corruption par le bas ».
Deux « corrupteurs actifs » comparaissaient détenus. Il s’agit d’un Castrais de 21 ans, condamné à un an d’emprisonnement ferme aménageable sous bracelet, avec sortie de prison, et 5.000 euros d’amende. Et un ressortissant arménien de 26 ans – chez qui des armes avaient été retrouvées – qui a écopé de 18 mois fermes avec maintien en détention et 20.000 euros d’amende.
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