Raphaël A. pivote ses deux pieds en direction du banc des parties civiles. Ce mardi 10 février, au deuxième jour du procès des neuf CRS jugés pour avoir violemment frappé des manifestants dans un Burger King à Paris en décembre 2018, le policier a demandé à pouvoir s’adresser directement à elles. Il est le premier des huit prévenus présents à l’audience à en formuler la demande.
« Je suis désolé de ce qu’il vous arrive. On serait mieux ailleurs, ce qu’il s’est passé ce jour-là, c’était l’horreur », dit le CRS. « Des regrets on en a… » Le temps s’arrête un instant. Peut-être l’assistance a-t-elle pensé entendre dans les prochaines secondes, et pour la première fois, des excuses de la part de l’un des prévenus. Le suspens ne dure pas bien longtemps.
« Il y a eu des coups de trop »
« Des excuses, je ne vous en ferai pas », annonce Raphaël A. « On a fait notre travail. On nous a demandé de vous dégager. Vous n’aviez rien à faire dans ce restaurant. On a fait notre travail, peut-être pas très bien, mais imaginez la journée qu’on a vécue… C’était l’horreur. » Le CRS était commandant de section le 1er décembre 2018. Il encadrait l’intervention dans le Burger King. La justice lui reproche d’avoir asséné plusieurs coups de matraque à Natan, présent dans le restaurant, et d’avoir donné un coup à un journaliste.
Sept ans plus tard, à la barre du tribunal correctionnel de Paris, Raphaël A. dit attendre lui-même des excuses. « J’aimerais bien en avoir de ma haute hiérarchie qui nous a mis dans cette situation. J’attends toujours, ça viendra peut-être un jour », pense le CRS à haute voix. « En tout cas, je suis désolé. »
À leur procès, les CRS semblent adopter une même ligne. La plupart reconnaissent, avec le recul de ces sept années, des coups en trop. Le travail, « on ne l’a pas bien fait », affirme d’ailleurs Raphaël A. « Évidemment, il y a eu des coups en trop. » Mais aucun des CRS n’a présenté d’excuses aux parties civiles jusqu’à présent.
« Je pense que certains en avaient envie »
« Je pense que certains en avaient envie, mais qu’ils n’ont pas pu le faire », estime Natan, un manifestant qui a reçu 27 coups dans le fast-food en décembre 2018. Il le reconnaît lui-même assez aisément: de ce procès, il attendait « des excuses », souffle-t-il à la barre du tribunal. « J’avais peut-être envie de pardonner. »
Au premier jour du procès, le tribunal a tenté d’arracher un mot pour les parties civiles de la part des CRS. « Je m’excuse de l’avoir peut-être confondu avec un casseur, mais j’espère qu’au fond de lui il comprend qu’on ne pouvait pas savoir que c’était un individu non-hostile », a dit l’un des prévenus au sujet de Natan, ce lundi.
L’avocat du manifestant, Me Moad Nefati, a rapidement rebondi sur ces déclarations. « Vous ne vous excusez pas de lui avoir porté des coups. Vous vous excusez de votre erreur de discernement », a-t-il soulevé.
« On n’avait rien contre vous. Je ne peux pas m’excuser d’avoir fait mon travail, mais sincèrement, on avait rien contre vous », a dit le prévenu un peu plus tard à la barre. « On a agi comme ça, car on n’avait pas le choix », a-t-il ajouté. « J’aimerais m’excuser, mais je ne peux pas le faire, car j’ai fait mon travail ce jour-là. Mais vraiment, j’aimerais le faire. »
« Ils se sont tous relevés après »
Face au tribunal, les CRS semblent ne pas avoir conscience de la portée de leurs coups. Ce mardi, Me Emmanuel Daoud s’adresse à l’un des policiers qui dépose à la barre. « Vous êtes les uns et les autres des hommes costauds, athlétiques. On ne voit aucune retenue sur la vidéo », dit la robe noire. « Mais, est-ce que vous pouvez admettre en audience publique que lorsque vous portez des coups, ça fait mal? »
« Oui, ça peut faire mal le bâton, mais ça occasionne que des contusions », répond le prévenu. « C’est trop difficile de dire: ‘on a porté des coups et ça fait mal' », le relance Me Emmanuel Daoud. « Oui ça peut faire mal (…) », reconnaît le prévenu. Et d’ajouter: « Les coups étaient légitimes, je n’ai jamais visé la tête. Les gilets jaunes n’ont pas eu de membres cassées, ils se sont tous relevés après ».
Article original publié sur BFMTV.com












