mercredi, août 26

  • Désormais candidat officiel à la primaire socialiste, le patron de Place publique a choisi l’Ouest pour donner le coup d’envoi de sa campagne qui se veut très verte.
  • À ses côtés, son nouvel (seul ?) allié écologiste, Yannick Jadot, qui a officialisé son soutien quelques heures seulement après sa déclaration de candidature.
  • À l’ombre des pales d’éoliennes à l’arrêt ou sur une barque du Marais poitevin, Raphaël Glucksmann promet « 100 jours d’une révolution écologiste » dès son arrivée au pouvoir… mais la ligne d’arrivée élyséenne est encore loin d’être franchie.

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Le rendez-vous a été donné au milieu de champs grillés par les vagues de chaleur estivales. Une petite route goudronnée, neuf éoliennes blanches en enfilade, certaines tournent doucement. D’autres sont à l’arrêt. Au pied de l’une d’elles, garée plus ou moins bien, la caravane médiatique est là. Le candidat à la présidentielle aussi.

Un casque blanc sur la tête, un baudrier autour de la taille, d’imposants mousquetons posés sur les épaules : « J’ai l’impression d’être dans une fusée », confie Raphaël Glucksmann avant de se lancer à l’ascension d’une éolienne de 80 mètres de haut. Le regard fixé sur les journalistes, il assure qu’il n’a pas peur de grimper jusqu’à la nacelle. « J’ai hâte d’être tout en haut », sourit-il.

Après de longues minutes à monter et descendre, il touche terre, moment choisi pour livrer ses premières impressions et ses mesures programmatiques. Un premier déplacement 100% écologie, comme un écho à celui qu’avait organisé un certain Yannick Jadot en 2022, lors de sa campagne présidentielle qui l’avait conduit à un score de 4,63% au premier tour.

Le nucléaire, quel nucléaire ?

« La transformation écologique est l’axe majeur de notre projet, souligne le candidat Place Publique. On doit engager des transformations radicales, c’est fini les zigzags. » Le sénateur vert, Yannick Jadot, debout à ses côtés, acquiesce. Même vision, mêmes idées… enfin presque. Les deux ne sont pas tout à fait alignés. L’épineuse question du nucléaire reste encore en suspens. L’un veut construire de nouveaux EPR, Raphaël Glucksmann, quand l’autre, dans la droite ligne écolo, est viscéralement contre, Yannick Jadot. 

Une première impasse, et pas des moindres ? Non, répondent presque à l’unisson les deux responsables politiques : « On est d’accord sur l’urgence absolue : la sortie du gaz et du pétrole. Il y a un point à discuter, on va trouver une solution« , assure de son côté le candidat, bottant en touche. Yannick Jadot souligne dans la foulée qu’il est bien favorable au maintien et à la sécurisation du parc nucléaire existant. Lui aussi veut croire qu’un compromis sera possible. La question des nouveaux réacteurs, c’est pour 2040, 2050… L’art de repousser les sujets qui fâchent.

Celui que l’on surnommait « le géant vert » il y a cinq ans, sera chargé de plancher dans les prochaines semaines sur le plan d’action des « 100 jours de la révolution écologiste« . Dans son entourage, en marge du déplacement, loin des caméras, on nous glisse que la question essentielle c’est celle des priorités, assurant que les solutions sont déjà connues. Une mesure fuite tout de même, celle d’un leasing social pour 100.000 véhicules électriques à moins de 100 euros par mois pour les aides-soignantes du monde rural et ceux qui en ont le plus besoin.

Yannick Jadot, la garantie verte

Yannick Jadot sera-t-il le seul Vert à rouler pour Glucksmann ? Probablement. Le sénateur de Paris ne cache pas son désarroi face à l’état de son parti bloqué dans une équation impossible d’union de toutes les gauches avec des candidats qui ferraillent chacun dans leurs couloirs. Le déni d’une impasse, souffle un élu au pied d’une éolienne. Jadot a choisi son camp.

Toujours sur les traces de la campagne écolo précédente, Raphaël Glucksman, chaussures de ville aux pieds cette fois-ci, monte à bord d’une barque à bestiaux du parc naturel du Marais poitevin, devant l’ancienne scierie de Magné, dans les Deux-Sèvres. Scènes cocasses que seule une campagne présidentielle peut offrir, les journalistes sont regroupés sur des embarcations à fond plat, typiques dans les marais. S’il n’y a aucune chute à déplorer, la barque « presse écrite » rame à la main sans batelier professionnel, contrairement aux autres. 

L’embarcation a dangereusement dérivé en essayant de suivre le candidat sur son navire motorisé. Après quelques tours et détours, les apprentis bateliers compris, tout le monde a débarqué dans un champ au milieu du marais. Malgré la persévérance de Raphaël Glucksmann, les veaux apeurés ont préféré se tenir éloignés de cette délégation trop nombreuse à leur goût. Sur place, l’agriculteur évoque son inquiétude sur l’avenir des zones humides, la sécheresse de l’été ; le candidat lui promet de tout mettre en œuvre pour les préserver.

On part de loin

Un commerçant de Coulon

Le déplacement se termine dans les ruelles de Coulon, petite bourgade de 2.300 âmes. Paisible, du moins, jusqu’à l’arrivée du grand candidat qui ne passe pas inaperçu. Certains lui demandent un selfie, d’autres l’attendent avec son livre Nous avons encore envie (Editions Allary) à la main pour une dédicace. Tout est fluide, jusqu’au moment où un commerçant installé place de l’église sort de sa boutique et lance : « Monsieur Mélenchon, c’est la vraie gauche !« . À ses yeux, sur le fond, ce sont les insoumis qui ont un programme qui tient la route. Malgré les premières réticences, la conversation s’engage : « Si vous aviez trois mots à me donner pour me convaincre de voter pour vous, que diriez-vous ?« . Première joute de la journée, Raphaël Glucksmann déroule son mantra : « révolution écologique, démocratie et Europe »« . Pas franchement convaincu, l’homme poursuit son questionnement : « Et pour les retraites ? » Le patron de Place Publique promet « une vraie réforme de gauche », et ajoute : « Si vous êtes femme de ménage, cariste, si vous travaillez dans un abattoir, vous pouvez partir plus tôt. Mais si vous êtes cadre dans une grande administration, vous pouvez travailler plus longtemps. L’enjeu, c’est la justice. J’ai huit mois pour vous convaincre », lâche en souriant le candidat qui s’en va. Réponse de l’intéressé : « Oui mais on part de loin ! Bonne campagne quand même »

Un peu plus loin, c’est une jeune militante tendance insoumise qui l’interpelle : « Je ne peux pas voter pour quelqu’un qui n’a pas de programme. Entre Mélenchon et vous, moi je vote Mélenchon. » Le candidat conclut l’échange par un laconique « Assumons nos désaccords ». Pas facile de rassembler sa famille politique éloignée.

Ce soir, Place Publique revendique plus de mille nouvelles adhésions en quelques heures : le compteur est lancé depuis l’annonce de candidature de Raphaël Glucksmann dans le JT de TF1 dimanche soir. Mais entre les désaccords avec les écologistes, la concurrence de Mélenchon et un électorat de gauche encore à convaincre, Raphaël Glucksmann est encore loin d’avoir atteint le sommet.

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