L’image a fait le tour des réseaux sociaux et des médias d’État iraniens : le lundi 2 mars, à Gold Coast (Australie), les joueuses de l’équipe nationale féminine d’Iran restent silencieuses lors de l’hymne national, à leur entrée dans la Coupe d’Asie contre la Corée du Sud. Un geste interprété comme un acte de protestation, qui ne tarde pas à déclencher une vague d’indignation orchestrée par le régime.
Sur la télévision d’État, le présentateur Mohammad Reza Shahbazi condamne fermement ce silence, qualifiant les joueuses de « traîtres à la nation » et dénonçant « le comble du déshonneur » : « Quiconque prend des mesures contre le pays en temps de guerre doit être traité plus sévèrement. Comme dans le cas de notre équipe féminine de football qui n’a pas chanté l’hymne national… ces personnes doivent être traitées plus sévèrement. »
Le match, perdu 3-0 face aux Sud-Coréennes, s’est déroulé dans un contexte d’extrême tension. Depuis le 28 février, l’Iran est la cible de frappes aériennes américaines et israéliennes, qui ont provoqué la mort du guide suprême Ali Khamenei et plongé le pays dans le chaos. Téhéran a riposté, les affrontements se multiplient, et les communications sont rendues difficiles par des coupures d’Internet. Dans ce climat, les joueuses vivent la compétition coupées de leurs proches.
« Évidemment, nous sommes toutes inquiètes, et nous sommes tristes à cause de ce qui arrive à l’Iran, à nos familles et à nos proches », a confié Sara Didar, attaquante de 21 ans, à l’AFP. Une anxiété partagée par la sélectionneuse Marziyeh Jafari, qui a déclaré que ses joueuses faisaient de leur mieux pour se concentrer sur le tournoi malgré leur inquiétude. « Il est évident que nous sommes très préoccupées par nos familles, nos proches et toutes les autres personnes vivant dans notre pays, dont nous sommes complètement coupées. »
Toujours est-il que trois jours après leur silence, le comportement des Iraniennes a radicalement changé pour leur deuxième match face à l’Australie : cette fois, elles entonnent l’hymne national et effectuent un salut militaire, tandis que le staff technique place la main sur le cœur. Ce revirement est-il volontaire ou répond-il à la crainte de représailles à leur retour au pays ?
Comme pour éteindre la polémique, la coach des Shirzanan a lancé jeudi 5 mars : « Nous sommes venues ici pour jouer un match de football de manière professionnelle, et nous allons faire de notre mieux pour nous concentrer sur le match à venir », insiste Marziyeh Jafari, tout en saluant le soutien des Irano-Australiens présents en tribunes. L’Iran, qui participe à la Coupe d’Asie féminine pour la première fois depuis 2022, affrontera les Philippines lors de son dernier match de groupe ce dimanche 8 mars.
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