De notre envoyé spécial à Marrakech,
Le Maroc est-il prêt pour la Coupe du monde de football ? La question a quelques années d’avance. Pourtant, cette CAN 2025, 35e édition de la compétition continentale, a été largement présentée comme un test grandeur nature avant 2030. Le royaume chérifien accueillera des centaines de milliers de spectateurs, dont 115 000 rien qu’au sein du stade Hassan II, encore en construction. Mais comment assurer qu’un tel écrin soit rempli sereinement ? Voire rempli tout court ?
Côté billetterie, le Mondial devrait poser moins de problèmes que la CAN. Généralement, le tournoi draine un public plus large, venu du monde entier – même si l’édition 2022 au Qatar avait laissé apparaître des tribunes clairsemées. Et un public pour qui voyager d’un pays à l’autre est potentiellement plus aisé, en termes de logistique ou de moyens économiques, que pour une partie du public africain. En revanche, un spectateur reste un spectateur, d’où qu’il vienne. Et certains d’entre eux ont connu des déconvenues depuis le début de cette CAN.
« Nos proches qui ont des difficultés à rentrer au stade »
À commencer par des proches de sélectionneurs. « Aujourd’hui, ce qui me désole un peu, c’est qu’on a nos proches qui ont des difficultés à rentrer au stade, a alerté Emerse Faé. Ma femme et mes filles sont rentrées à la mi-temps du match contre le Cameroun alors qu’elles sont parties 2h30 avant le match. Quand j’arrive sur le terrain avant le coup d’envoi, j’aime bien voir ma femme et mes filles en tribune. Là, je ne les ai pas vues, ça m’a un peu inquiété. »
L’ancien gardien international ivoirien Barry Copa, héros de la CAN 2015, a, lui aussi, expérimenté quelques difficultés à entrer dans l’enceinte de Marrakech ce même jour. On l’a vu, dans une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux, se retrouver coincé dans la foule à l’entrée du stade. Contacté, ce dernier assure ne pas garder un mauvais souvenir de sa soirée, car « dans l’ensemble, l’organisation était bonne ».
Chez plusieurs supporters, l’expérience a été plus amère. Après avoir acheté leurs billets, ils se sont retrouvés coincés devant les grilles du stade parce que la sécurité s’est retrouvée incapable de gérer un flux de spectateurs plus important que prévu. La faute à de nombreuses personnes qui ont tenté leur chance sans billet aux portes du stade, enhardies par les images de milliers de Marocains qui ont rempli les travées du stade d’Agadir gratuitement aux matchs de l’Égypte. Un dispositif qui a vite montré ses limites, voire ses dangers, lors d’Égypte-Afrique du Sud, mais qui a visiblement donné des idées à certains.
À lire aussi«CAN du peuple» et billets gratuits: une grande ferveur mais une frayeur à Agadir
Une expérience globale qui reste bonne
« C’était le bordel, se souvient Kévin, un Ivoirien installé au Maroc, croisé à Marrakech. Il y avait beaucoup de monde avec et sans billet, donc ils ont fermé les grilles. J’ai vu des gens sans billet escalader les grilles et réussir à rentrer. »
Mais ne nous y méprenons pas, si la gestion des flux n’est pas toujours réussie, dans l’ensemble, beaucoup louent les infrastructures marocaines. Des enceintes flambant neuves aux pelouses de bonne facture, comme à la qualité des routes. De nombreux observateurs comparent ce qu’ils découvrent au Maroc au spectacle au football européen.
Même la gestion des pluies a été réussie. Alors que certains stades avaient eu des fuites en novembre dernier en raisons de fortes pluies, le problème semble avoir été réglé entretemps. Et les gazons ont été parfaitement préservés dans chaque écrin, en partie grâce à une nouvelle technologie d’absorption installée pour l’occasion. Résultat : malgré les averses parfois, les joueurs ont pu s’exprimer à chaque fois sans gêne sur les pelouses. Dans les zones d’accès au stade, les tapis et moquettes ont été privilégiés pour assurer une bonne circulation des visiteurs même si à certains endroits des chutes ont été constatées à cause d’un revêtement rendu glissant par la pluie.
Une CAN un peu aseptisée ?
Les Marocains, eux, sont fiers. Les chauffeurs de taxi, les footballeurs du dimanche sur un terrain de quartier et les commerçants, après vous avoir souhaité la bienvenue au royaume chérifien, vous demanderont généralement comment vous trouvez le pays et sa CAN. Mais ce que le Maroc a gagné en infrastructures et en spectacle, l’a-t-il perdu en ferveur ? En dehors des stades, des grosses affiches et des opérations portes ouvertes, la fièvre du football n’a pas tout à fait contaminé les villes. À part les panneaux publicitaires, dont la moitié affichent le visage d’Achraf Hakimi ou de Brahim Diaz, les quartiers, mêmes populaires, ne respirent pas tout à fait le football. Ceux qui ont expérimenté les précédentes éditions au Cameroun et en Côte d’Ivoire soulignent une vraie différence de ferveur.
Hugo Broos, le sélectionneur de l’Afrique du Sud, peine à retrouver les sensations éprouvées en 2023. « Ce n’est pas comparable aux Coupes d’Afrique des Nations au Gabon ou en Côte d’Ivoire, a-t-il lâché. Là-bas, on avait vraiment l’impression d’être dans un tournoi. Quand on prenait le bus pour aller à l’entraînement, les gens agitaient des drapeaux et nous saluaient. Ici, il n’y a rien. » Les mots sont un peu durs, mais résument des regrets, car cette édition était attendue comme celle du siècle. Il reste un peu plus de deux semaines pour encore gagner le pari haut la main.












