Des photos d’adolescents, au visage insouciant, circulent sur les réseaux sociaux, accompagnées de messages désespérés de leurs proches qui les recherchent. « Ma sœur de 15 ans a disparu », « nous sommes sans nouvelles de deux amis, ils étaient au bar de Crans Montana »… Certains ajoutent un descriptif d’une tenue de fête. Ils laissent un téléphone où les appeler, en quête de la moindre information.
Vendredi 2 février, la Suisse s’est réveillée encore endeuillée par la mort d’au moins 40 jeunes dans l’incendie d’une boîte de nuit survenue lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. « L’une des pires tragédies que notre pays ait connues », a réagi, ému, le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin. « 24 heures après l’enfer », peut-on lire dans la presse, « place au moment de l’émotion. » Cinq jours de deuil national ont été déclarés.
Jeudi 1er janvier dans la soirée, des centaines de personnes se sont réunies à Crans Montana pour témoigner leur soutien aux victimes, rapporte Emilien Verdon, correspondant de la radiotélévision suisse (RTS) dans le Valais, canton où s’est déroulé l’incident. Dans le silence, elles ont déposé des fleurs et des bougies près des lieux du drame. Une messe s’est aussi tenue.
Des Français blessés, d’autres qui n’ont « pas été localisés »
Le pire est à craindre car de nombreux corps, brulés dans l’incendie, n’ont pas été identifiés. Une procédure qui va prendre du temps, a prévenu Frédéric Gisler, commandant de la police cantonale du Valais lors d’une conférence de presse, jeudi : « Dans l’immédiat et pour les jours à venir, la priorité sera mise à l’identification des personnes décédées afin que leurs corps soient remis rapidement à leurs familles. Cela pourra prendre plusieurs jours. »
Selon les premiers bilans, une quarantaine de personnes ont péri dans les flammes et 115 ont été blessées, grièvement pour la plupart. « Mes collègues m’ont informé qu’ils ont reçu 13 brûlés adultes et 8 mineurs », partage le Dr. Wassim Raffoul à la RTS, médecin-chef de l’hôpital de Morges, en périphérie de Lausanne. « Tous sont brûlés à plus de 60% de la surface corporelle alors que l’on considère qu’une brulure devient grave, donc qu’un brûlé devient grand brulé, à partir de 10%. »
Dans un communiqué diffusé jeudi dans la soirée, le ministère français des Affaires étrangères informe que neuf Français ont été blessés et que huit autres sont pour le moment portés disparus. « On ne peut exclure que des ressortissants français figurent parmi les victimes de l’incendie, dont l’identification est encore en cours », a ajouté le Quai d’Orsay.
De l’autre côté de la frontière, en Italie, Rome a annoncé vouloir dépêcher un groupe d’experts pour identifier des victimes ou des blessés graves sous sédation et sans pièce d’identité. Pour l’heure, l’Italie a dénombré 13 blessés et six personnes qui n’ont toujours pas été retrouvées.
Parmi les personnes portées disparues, certains pourraient se trouver dans les hôpitaux. Plusieurs établissements ont été mobilisés aux alentours de Crans Montana, mais les blessés les plus graves ont été transférés dans des grandes villes, comme Zurich et Lausanne. La France, l’Italie et l’Allemagne, voisines de la Suisse, ont également ouvert leurs établissements hospitaliers.
Le lendemain, trois Italiens, deux jeunes de 16 ans et une femme de 29 ans, ont été transportés par hélicoptère vers le centre de soins intensifs pour grands brûlés de l’hôpital Niguarda, à Milan, rapporte notre correspondante à Rome, Anne Le Nir. Il s’agit d’un des centres d’excellence au niveau européen qui dispose d’une quinzaine de lits disponibles pour d’autres blessés, indépendamment de leur nationalité. L’hôpital de Turin, spécialisé dans le traitement des polytraumatisés et des grands brûlés, s’est aussi déclaré disponible pour accueillir des blessés.
Cause toujours inconnue
Pour l’heure, la cause de l’incendie demeure inconnue. L’enquête vient tout juste de commencer et la piste privilégiée est celle d’un embrasement généralisé qui a provoqué une déflagration.
Selon des témoins interrogés par différents médias, des bougies étincelles disposées sur des bouteilles de champagne auraient mis le feu au plafond du bar « Le Constellation » aux environs de 1h30, jeudi matin. Une piste impossible à confirmer à ce stade.
« Il y a ensuite eu un mouvement de foule, les gens étaient entassés au niveau des escaliers », raconte Mathias au micro de la RTS, « les gens se marchaient les uns sur les autres. » « Le scénario du pire », appui le Dr. Wassim Raffoul ancien responsable en chirurgie plastique au Centre romand des brûlés, « les chaleurs pouvant atteindre 2000 à 2500 degrés alors que le corps humain supporte jusqu’à 50 degrés. »










