- Plus de 400 femmes accusent aujourd’hui Mohamed Al-Fayed, décédé en 2023, de viols, d’agressions sexuelles et de trafic d’êtres humains.
- Le milliardaire égyptien, alors patron du Ritz à Paris et du grand magasin londonien Harrods, aurait mis en place tout un « système de prédation ».
- Tous les détails dans cette enquête du 20H de TF1.
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Le 20H
Au départ, elles étaient 21. Dans le documentaire de la BBC intitulé « Al-Fayed : un prédateur chez Harrods », diffusé en septembre 2024, 21 anciennes employées du milliardaire égyptien Mohamed Al-Fayed, décédé en 2023, l’accusaient de viols, d’agressions sexuelles, de traite d’êtres humains, de tentatives de viols et de violences physiques. À peine un mois plus tard, la police de Londres recevait 40 nouveaux témoignages du même ordre, sur une période allant de 1979 à 2013. Elles sont aujourd’hui plus de 400 à brandir pareilles accusations, originaires d’Australie, de Malaisie, d’Italie, de Roumanie, des États-Unis ou du Canada. Certaines de ces plaignantes étaient mineures au moment des faits, âgées seulement de 15 et 16 ans.
Mohamed Al-Fayed, né le 27 janvier 1929 dans une banlieue d’Alexandrie, a passé une grande partie de sa vie au Royaume-Uni, où il était devenu propriétaire du grand magasin Harrods en 1985 et du club de foot de Fulham entre 1997 et 2013, tout en étant propriétaire de l’hôtel Ritz à Paris à partir de 1979. C’est dans l’exercice de ces fonctions que l’homme d’affaires aurait mis en place, selon ses accusatrices, tout un « système de prédation »
, rappelant les affaires ayant visé les Américains Jeffrey Epstein et Harvey Weinstein. Des recruteurs, des responsables des ressources humaines, des amis de l’Égyptien, mais aussi des médecins et des membres de sa sécurité suspectés d’intimidation, auraient agi au sein de cette organisation.
Pelham Spong a enfermé ces souvenirs douloureux dans une petite boîte, qu’elle accepte de rouvrir devant la caméra de TF1, dans l’enquête du 20H visible en tête de cet article. Elle en tire une photo d’elle datant de 2008, quand elle avait passé plusieurs entretiens pour devenir l’assistante personnelle de Mohamed Al-Fayed. Elle n’a alors que 23 ans, lui 79. « Je suis entrée dans un piège et je me suis mis à voir le monde différemment. Il m’a dit que je devrais avoir des relations avec lui. Tout a fait
‘stop’ dans ma tête. Je lui ai demandé ce qu’il voulait dire par relation. Là, il a été explicite, en me disant que j’allais faire l’amour avec lui. Il a pris mon visage avec ses mains et il m’a forcée à un baiser sur les lèvres. Ça a duré quelques secondes. Je ne pouvais pas bouger, j’étais pétrifiée »
, retrace celle qui, sous le choc, avait refusé un salaire de 65.000 euros par an.
Des victimes « violées et partagées par différents hommes »
Pelham Spong avait immédiatement alerté la direction du Ritz, dans plusieurs mails. L’établissement a répliqué en mettant fin à son recrutement, bien que sa candidature ait été retenue. Elle dit même avoir été soumise, comme tant d’autres, à un examen médical obligatoire, d’un genre particulier… « C’était un examen très complet, qui incluait un examen gynécologique. C’est là que j’ai trouvé ça bizarre. J’ai demandé au docteur si ça allait rester confidentiel. Elle m’a assuré que ça l’était totalement. »
Nombre de ses accusatrices affirment, au contraire, que les résultats étaient transmis au milliardaire, soucieux de savoir si ses futures employées étaient porteuses d’infections sexuellement transmissibles. Une pratique illégale en soi.
Au micro de TF1, Joanna Brittan raconte, elle, une histoire s’apparentant à une affaire d’enlèvement et de trafic d’êtres humains. « Ces hommes ont fait de moi leur objet sexuel. Je suis partie de chez Harrods. Ils m’ont emmenée dans une limousine, enfermée pour que je ne puisse pas sortir. Mohamed Al-Fayed m’a présentée à ses enfants comme étant leur nouvelle nounou. Je pense que c’était une sorte de code. Les autres femmes aussi ont été emmenées dans des limousines, recrutées comme des nounous, violées et partagées par différents hommes. Et c’est ce qu’ils ont fait avec moi. J’ai été violée plusieurs fois par l’ami d’Al-Fayed. J’ai ensuite subi quatre mois de violences sexuelles, de Londres à la France, au Ritz, puis à Cannes »
, détaille-t-elle.
Harrods a investi 70 millions d’euros pour indemniser les victimes présumées. Contactée par TF1, la nouvelle direction qatarie dément ainsi toute complicité interne : « Les abus commis par Mohamed Al-Fayed sont le fait d’un individu qui cherchait à abuser de son pouvoir. Notre priorité a été de régler les plaintes en tenant compte des victimes afin d’éviter de longues procédures judiciaires. »
Comprendre : via des accords financiers à l’amiable. De premières accusations de viol avaient fait l’objet de plaintes entre 2005 et 2023, quand l’homme d’affaires était vivant, mais toutes avaient été classés sans suite. « Ils ont clôturé l’affaire. Il a soudoyé, contrôlé, employé d’anciens policiers anglais »
, estime Joanna Brittan. La police récuse ces accusations.
Face à la lenteur de l’enquête britannique, ces femmes se tournent désormais vers la France. Car le parquet de Paris a ouvert une enquête en août 2025 pour des faits de traite d’êtres humains. « C’est une vraie chance, un vrai espoir qu’on puisse peut-être identifier des complices, des coauteurs ici sur le territoire français. On s’interrogera aussi sur le rôle qu’a pu jouer le Ritz »
, pointe Me Anne-Claire Lejeune, avocate de plusieurs victimes présumées. De son côté, le palace parisien, qui a refusé nos demandes d’interview, nous a indiqué par écrit avoir mis « en œuvre des dispositifs de signalement stricts »
et se dit « prêt à collaborer avec la justice »
. Dans l’Hexagone, de nouvelles auditions et des gardes à vue sont attendues dans les prochains mois.











