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Ils étaient professeurs, chefs d’établissement, personnels administratifs. Ils aimaient leur métier, croyaient au service public, tenaient malgré les difficultés. Puis sont venues les humiliations répétées, les mises à l’écart, les accusations infondées, le silence de l’institution. Pour certains, cela s’est terminé par un effondrement professionnel, une dépression sévère, une longue éviction du travail. Pour d’autres, par une rupture familiale, une précarisation brutale, parfois même par un geste irréversible.
Ces situations ne sont pas des faits divers. Elles révèlent une réalité encore largement sous-estimée et pourtant documentée par celles et ceux qui accompagnent les personnels : lorsque le harcèlement moral s’installe entre adultes et que l’institution ne répond pas, ce n’est pas seulement une carrière qui vacille, mais une vie qui se désagrège.
L’école ne peut pas tout. Mais elle ne peut plus continuer ainsi. Le 19 décembre 2025, une délégation de l’association d’intérêt général Helpen (créée par et pour des personnels de l’éducation nationale afin de prévenir collectivement le harcèlement moral et combattre l’inertie institutionnelle) a été reçue au ministère de l’éducation nationale. Cette rencontre a permis de poser un constat désormais difficilement contestable : le harcèlement entre adultes, conjugué à l’inertie institutionnelle, constitue aujourd’hui un problème structurel de l’éducation nationale. Les alertes existent, les situations sont connues, les conséquences humaines sont lourdes. Le diagnostic est posé. Reste l’essentiel : agir.
Tous les métiers sont concernés
Les données issues du terrain ne relèvent pas de l’anecdote. En un an, plus de 2 250 sollicitations ont été adressées à l’association Helpen, dont plusieurs centaines de dossiers suffisamment étayés pour permettre une analyse approfondie, avec une augmentation constante des signalements. Tous les métiers sont concernés, sur l’ensemble du territoire. Le phénomène est massif, transversal et durable. Il interroge profondément la capacité de l’institution à prévenir, reconnaître et traiter la souffrance au travail de ses propres agents.
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