Le climat est loin de s’apaiser dans l’Etat du Minnesota où la police de l’immigration (ICE) mène, depuis plusieurs semaines, une opération d’envergure durant laquelle la mort de Renee Good, une Américaine de 37 ans tuée dans sa voiture par un agent, le 7 janvier, a cristallisé les tensions.
Accusé par l’opposition démocrate d’avoir mis de l’huile sur le feu en prenant la défense du policier de l’immigration auteur du tir mortel sur Renee Good, le vice-président américain, J. D. Vance, s’est rendu à Minneapolis pour rencontrer les agents et « faire baisser la température », a-t-il dit lors d’une conférence de presse. « Oui, vous pouvez manifester, a-t-il lancé à l’adresse des habitants de la ville qui protestent quotidiennement. Mais faites-le pacifiquement. »
Il a confirmé, jeudi, que les autorités fédérales détenaient un garçon de 5 ans après une opération de cette agence très contestée, dans la grande ville de cet Etat du nord du pays.
Des médias américains ont publié, mercredi et jeudi, la photo d’un petit garçon, emmené, selon eux, dans un centre de rétention au Texas par l’ICE. Liam Ramos apparaît, la mine déconfite, coiffé d’un bonnet bleu orné de deux oreilles de lapin, portant un sac à dos tenu par une silhouette vêtue de noir. Le cliché a été partagé en masse sur les réseaux sociaux.
Deux versions s’opposent concernant les circonstances de sa prise en charge par la police de l’immigration. Le vice-président américain, J. D. Vance, a affirmé qu’il avait été récupéré devant son domicile après que son père, originaire d’Equateur et présenté comme clandestin, eut pris la fuite pour ne pas être appréhendé.
Kamala Harris « ulcérée »
Zena Stenvik, responsable du réseau scolaire local, a, elle, accusé, mercredi, les autorités d’avoir utilisé le garçon comme « appât », en le faisant frapper à la porte de son domicile pour inciter les personnes qui s’y trouvaient à sortir. M. Charles dit que ses hommes ont « fait tout leur possible pour le réunir avec sa famille » mais que celle-ci a refusé de lui ouvrir. Mme Stenvik assure qu’« un autre adulte vivant dans la maison (…) a supplié les agents de le laisser s’occuper du jeune enfant, mais sa demande a été refusée ».
Les agents d’ICE l’ont « emmené manger dans un restaurant et ont passé des heures à s’assurer qu’il ne manquait de rien », a expliqué M. Charles, précisant que le garçonnet et son père avaient été réunis dans un « centre familial en attendant l’issue de leur procédure d’immigration ». Selon une base de données fédérale ne répertoriant pas les moins de 18 ans, le père se trouve dans un centre de rétention au Texas.
Marc Prokosch, l’avocat représentant l’enfant et son père, a assuré que la famille, qui compte aussi la mère et un frère aîné, est ici légalement, ayant déposé une demande d’asile à leur arrivée, et qu’elle a « fait ce qu’on lui avait demandé de faire (…) à chaque étape du processus d’immigration ».
« Liam Ramos est juste un petit enfant. Il devrait être chez lui, avec sa famille, pas servir d’appât à l’ICE et se retrouver détenu au Texas », a dénoncé, sur X, l’ancienne vice-présidente démocrate Kamala Harris, se disant « ulcérée ».
« Faire appliquer la loi est une chose. Terroriser une population, utiliser les enfants comme des pions en est une autre », a renchéri Hillary Clinton, l’ex-adversaire de Donald Trump à la présidentielle de 2016. « Quand le gouvernement fédéral traite les enfants comme des criminels, quelque chose ne va vraiment pas », a jugé le maire de Minneapolis, Jacob Frey.
Manifestations pour chasser « l’ICE »
Des appels à une journée d’action, vendredi, pour chasser « l’ICE hors du Minnesota » ont été lancés sur les réseaux. En dépit de températures sous les −20 °C, des milliers de personnes se sont retrouvées en début d’après-midi dans le centre de Minneapolis, brandissant des panneaux appelant à « abolir ICE » et à « laisser nos voisins tranquilles ». Un rassemblement s’est ensuite tenu sur le terrain de l’équipe locale de la ligue nord-américaine de basket (NBA).
D’autres manifestations ont eu lieu autour d’un bâtiment utilisé par ICE et à l’aéroport international de Minneapolis-Saint-Paul, d’où partent les migrants envoyés vers les centres de rétention. Selon les médias locaux, une centaine de membres du clergé, qui participaient à ce rassemblement, ont été arrêtés.
Répondant au mot d’ordre « Pas de travail. Pas d’école. Pas de shopping », des commerces, restaurants et institutions culturelles étaient également fermés.
Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « sidéré par les mauvais traitements désormais quotidiens » envers les migrants, pressant Washington de « cesser les pratiques qui déchirent les familles ».
Trois manifestants arrêtés
J. D. Vance a renvoyé la responsabilité des violences à l’absence de coopération de la police locale au Minnesota. « Nous pouvons très bien faire appliquer les lois sur l’immigration sans provoquer le chaos, mais cela nécessite réellement la coopération des autorités étatiques et locales », a-t-il soutenu, déplorant notamment que les agents fédéraux ne soient pas « protégés ».
En s’appuyant sur des vidéos, les manifestants et les élus démocrates contestent la thèse officielle selon laquelle le policier qui a tué Renee Good était en état de légitime défense.
« Bien sûr, nous enquêtons sur les tirs ayant visé Renee Good », mais « d’une manière qui respecte les droits des gens », a déclaré M. Vance, ajoutant que, « si quelqu’un a fait quelque chose de répréhensible, oui, il fera face à des sanctions disciplinaires ». Le 8 janvier, il avait assuré que le policier de l’immigration qui a abattu Renee Good « bénéficiait d’une immunité absolue ». L’Etat du Minnesota a demandé à la justice fédérale la suspension de l’opération de l’ICE. Une audience est prévue lundi.













