Avec notre correspondante à Budapest, Florence La Bruyère
À Budapest, malgré un froid glacial, Krisztina (dont le nom a été modifié) a rejoint la mobilisation. Employée à la Bibliothèque nationale Széchényi, elle perçoit l’équivalent de 800 euros nets par mois. Un revenu insuffisant pour vivre sans l’aide de sa famille, explique-t-elle, dans un pays où le coût de la vie est comparable à celui de la France.
« Je m’en sors seulement parce que j’ai un peu d’argent de côté et que mes parents m’aident, confie-t-elle. Beaucoup de collègues ont du mal à payer leur loyer ».
Des bâtiments laissés à l’abandon
Plusieurs institutions culturelles manquent de financements et ne sont ni entretenues ni modernisées. Le Premier ministre Viktor Orban a par ailleurs supprimé le ministère de la Culture.
À Budapest, bibliothécaires, archivistes et conservateurs se sont rassemblés devant le musée des Arts décoratifs, un joyau de l’Art nouveau conçu par l’architecte Ödön Lechner, souvent surnommé le « Gaudí hongrois ». Fermé depuis huit ans pour rénovation, le musée est aujourd’hui recouvert de bâches. Si les collections ont été mises à l’abri, les travaux n’ont toujours pas commencé, déplore Andras Kovacs, restaurateur du musée. « L’édifice se dégrade. Ce n’est pas un objet immuable. Il tombe en ruine, il y a des inondations, le bâtiment s’affaisse », alerte-t-il.
Gergely, un jeune conservateur, qui souhaite rester anonyme, se dit scandalisé face à la négligence des autorités. « C’est comme si, en Espagne, la Sagrada Familia était fermée au public et laissée à l’abandon pendant dix ans. C’est comme ça qu’on peut comparer cet édifice », déclare-t-il, pour illustrer l’ampleur du gâchis.
La situation est similaire dans d’autres institutions. Les Archives nationales, notamment, n’ont pas été modernisées depuis des décennies, une situation qui compromet directement la conservation des documents.













