Depuis le 28 février, l’Iran est sous les feux de ses ennemis jurés, Israël et son proche allié américain. Comme pendant la guerre des 12 jours, en juin 2025, Donald Trump se tient fermement au côté de Benjamin Netanyahu avec l’opération baptisée « Fureur épique ». L’objectif affiché, sans grande clarté, est d’affaiblir ou de renverser le régime des mollahs. Dès les premières heures, la République islamique au pouvoir depuis 1979 a été touchée en son coeur avec la mort du guide suprême Ali Khamenei. Si Israël peut ainsi compter sur la puissance américaine, qui pour venir en aide à Téhéran? Pas grand monde.
Des alliés totalement affaiblis dans la région
Ses alliés de l’arc chiite – la région du Moyen-Orient où le chiisme est la branche de l’islam majoritaire – sont plus affaiblis que jamais. L’influence de Téhéran dans la région recule. Le pays ne peut plus compter sur la Syrie de Bachar al-Assad, renversé en décembre 2024 par une offensive menée par le groupe rebelle islamiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC) et son homme fort, Ahmed Al-Charaa. Cet ancien jihadiste, devenu président de transition du pays, s’est tourné vers les États-Unis de Donald Trump pour obtenir une levée des sanctions internationales.
« L’Iran a une relation très diminuée, affaiblie (avec la Syrie, NDLR). Il n’y a pas l’intention d’aller faire la guerre au régime d’Al-Charaa mais la relation recule sur le plan stratégique du fait du changement de régime », explique à nos confrères d’Arte, Myriam Benraad, spécialiste du Moyen-Orient. De même l’Irak, qui abrite plusieurs factions armées soutenues par l’Iran, ne souhaite pas être entraîné dans cette guerre.
« Ce pays ne s’est pas relevé de la chute du régime de Saddam Hussein (en 2003, NDLR) et de l’occupation américaine », souligne la politologue. « Les années de guerre ont usé le potentiel de s’engager dans une confrontation avec Israël, ce que l’Irak ne souhaite pas, et par ailleurs on a une reconstruction économique à laquelle tous les acteurs tiennent ». L’Irak héberge des bases américaines et s’étant défait il y a neuf ans de Daesh avec l’aide de la coalition internationale, tente de retrouver sa stabilité.
L’Iran ne peut plus non plus vraiment compter sur ses proxys, ces groupes armés de la région qui lui sont subordonnés et que Téhéran soutient militairement et financièrement. À commencer par le Hamas, qui contrôlait jusqu’à 2023 la bande de Gaza mais qui est désormais totalement affaibli par la guerre avec Israël à la suite du 7-Octobre.
Le Hezbollah, considéré comme son principal proxy, a aussi été asphyxié par l’État hébreu dans le sillage de sa guerre à Gaza. Outre les mois d’affrontements par missiles avec Israël, une opération hors norme du renseignement israélien a fait exploser de manière simultanée en septembre 2024 des milliers de bipeurs utilisés par le mouvement chiite libanais faisant 42 morts et près de 3.500 blessés.
Quelques jours plus tard, son chef Hassan Nasrallah a été tué dans une frappe israélienne. Mais le Hezbollah a toutefois décidé pour la première fois depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 – peu respecté par Tsahal – de « venger » la mort d’Ali Khamenei qui vient de se produire, et de réagir « aux attaques répétées d’Israël ». Dans la nuit de dimanche à lundi, le mouvement a dit avoir visé son voisin avec des missiles et des drones. Ce à quoi Israël a riposté.
Autre proxy: les rebelles Houtis du Yémen qui contrôlent une partie de ce pays au sud de la péninsule arabique. S’ils ont une capacité de nuisance, elle reste faible.
La Russie et la Chine, deux alliés à la recherche de la stabilité
Outre le Moyen-Orient, l’Iran compte sur la scène internationale deux alliés de taille: la Russie et la Chine. Mais ces deux puissances semblent peu enclines à se mêler à cette guerre, au-delà d’un soutien verbal diplomatique.
Ce dimanche, la Chine a « condamné fermement » la mort du guide suprême iranien, « une violation grave de la souveraineté et de la sécurité de l’Iran, un piétinement des objectifs et principes de la Charte des Nations unies et des normes fondamentales des relations internationales ». Tout en réitérant, encore ce lundi, son appel « urgent » à « cesser les opérations militaires afin d’éviter que le conflit ne se propage » après la mort d’un de ses ressortissants à Téhéran. Pékin avait appelé ses ressortissants à partir « dès que possible » vendredi, avant le début des frappes américaines et israéliennes.
Dans une lettre adressée dimanche à son homologue iranien Massoud Pezeshkian, Vladimir Poutine a quant à lui qualifié la mort d’Ali Khamenei d’acte de « violation cynique » « de toutes les normes de la morale humaine et du droit international ». Puis, il a, tout comme la Chine, réclamé ce lundi un cessez-le-feu, lors d’entretiens téléphoniques avec les dirigeants du Qatar et des Emirats arabes unis, alliés de Washington. Le président russe s’est dit prêt « à apporter toute l’aide possible en vue de stabiliser la situation générale dans la région ».
La « stabilité » est le maître-mot de Pékin et Moscou, et semble prévaloir sur leur partenariat avec l’Iran. La Chine repose sa puissance sur sa prospérité économique, qui lui permet de rivaliser avec les États-Unis, et ne souhaite pas que ce conflit régional, loin de ses frontières, perturbe ses approvisionnements pétroliers et énergétiques.
« Au Moyen-Orient, la Chine a une position extrêmement singulière, puisqu’elle a des bonnes relations avec tous les États de la région (…) y compris avec Israël dans le domaine technologique. La Chine est un très bon partenaire justement parce qu’elle ne s’ingère pas et ne s’implique pas dans les contentieux régionaux », avance Marc Julienne, directeur Centre Asie de l’Ifri, contacté par BFM.
« En s’impliquant, elle risquerait de rendre certains de ses partenaires suspicieux ou mécontents ». Comme les pays du Golfe, eux aussi, entraînés dans cette guerre.
La Chine craint de plus de perdre sa principale source d’approvisionnement en pétrole. Pékin est de loin le premier client de l’Iran: 80% de ses exportations aboutissent en Chine. « Puis, la Chine, qui a des ambitions sur les fameuses routes de la soie voit en l’Iran un hub possible, un point d’ancrage vers le marché européen », ajoute Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l’Iran. « La volonté chinoise de paix dans la région est extrêmement forte et stratégique ». Pékin est également occupé en interne à chercher sa propre stabilité, et à gerér son conflit avec Taiwan.
Moscou embourbé dans sa guerre en Ukraine
La Russie est également accaparée par la guerre en Ukraine qu’elle mène depuis quatre ans. « L’Ukraine accapare totalement les priorités en matière de politique étrangère et de défense de la Russie, c’est une certitude », note auprès de BFM Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire Franco-Russe et chercheur associé à l’IRIS. L’Iran est donc loin d’être leur priorité. Samedi, c’est le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui a pris l’initiative, selon Moscou, d’appeler son homologue russe, Sergueï Lavrov, alors que les bombardements avaient commencé.
« Hormis les condamnations et un soutien diplomatique, la Russie ne peut pas faire grand chose », ajoute l’expert de la géopolitique russe. « Et même s’il n’y avait pas le champ de bataille ukrainien, je ne sais pas dans quelle mesure les Russes auraient pu s’opposer à une opération américaino-israélienne de cette ampleur ». Difficile pour le Kremlin d’aller à l’encontre de Washington, quand il tente de s’arroger le soutien de Donald Trump pour atteindre ses objectifs en Ukraine.
Puis, la stabilité dans la région est aussi chère à Moscou, qui profite toutefois à court terme de la flambée du pétrole. « L’Iran est à la croisée du Moyen-Orient, de l’Asie centrale, de l’Asie mineure, du Caucase, donc des régions qui sont au contact de la Russie ou dans lesquelles la Russie a des intérêts », précise Igor Delanoë. « Avec des conséquences assez incalculables en potentiel de déstabilisation ».
La Chine et la Russie tiennent aussi à ménager un autre acteur de la région: Israël, dont ils se rapprochent. « Ces deux États ont de plus en plus des relations importantes et étroites avec Israël. Avec la Russie, c’est le cas depuis des décennies, mais on voit aussi les Israéliens bâtir un rapprochement avec la Chine, car ils ont bien compris que ça pouvait être l’acteur de demain », explique la spécialiste du Moyen-Orient Myriam Benraad.
Livraisons d’arme, renseignement… Une aide invisible?
Une intervention armée de Pékin et Moscou en soutien à l’Iran est ainsi « tout à fait exclue », nous assure le chercheur au CNRS Bernard Hourcade. Malgré leur coopération avec Téhéran, il n’y a pas d’engagement de défense mutuelle, à l’image du traité de l’article 5 de l’Otan.
« L’Iran et la Chine sont des partenaires stratégiques mais il n’y a pas d’alliance », insiste Marc Julienne, qui rappelle tout de même que, ces derniers temps, le partenariat entre les deux pays s’est approfondi. L’Iran a rejoint en 2023 l’organisation de coopération de Shanghai, « une initiative diplomatique d’origine sino-russe fondée en 2001 », et est parmi les derniers États à avoir rejoint les BRICS. Un groupe de dix pays, dont font partie la Chine et la Russie, qui a pour but de peser face au G7 et à l’hégémonie occidentale et américaine.
De même, pour la Russie, « aucune clause d’assistance mutuelle » n’existe dans le dernier accord de stratégie globale signé avec l’Iran en janvier 2025, qui renouvelle leur partenariat de coopération dans de multiples domaines, dont militaire. Téhéran, l’un des plus proches alliés et soutiens de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, pourrait ainsi compter sur une aide invisible de la part de son allié russe.
« Cela peut être du renseignement, des éléments de guerre électronique, des actions dans le cyber », détaille le chercheur associé à l’IRIS, Igor Delanoë. Toutefois, le spécialiste « voit mal la Russie livrer des armes » utilisables dans le conflit avec l’Israël et les États-Unis directement à l’Iran. « Ils sont dans une logique de stabiliser la confrontation », assure-t-il. Puis, Moscou a besoin de ces armes sur le champ de bataille ukrainien.
La Chine, qui fournit déjà l’oxygène économique, pourrait aussi poursuivre son partenariat militaire avec l’Iran. Depuis sa mise en place dans les années 1990, la Chine « a transféré un certain nombre de technologies militaires à l’Iran et en particulier de missiles balistiques », nous informe le directeur du Centre Asie de l’Ifri, Marc Julienne. « On peut faire du commerce dans l’armement sans que cela implique une intervention et une solidarité sur le plan de défense », rappelle-t-il.
Bernard Hourcade note que les « Chinois ont toutefois massivement réarmé l’Iran » après la guerre des 12 jours en juin dernier, « des armements sophistiqués pour reconstruire et des éléments industriels aussi pour relancer la production de drones, de missiles. »
La Chine et la Russie ont un autre atout dans leur manche: le veto du Conseil de sécurité de l’ONU dont ils font partie. « Ils pourront avoir un rôle important et y défendre les intérêts de l’Iran ou plaider en faveur de l’arrêt des combats », souligne le spécialiste de l’Iran, Bernard Hourcade. À condition que le droit international, et l’ONU, ait encore un poids…
Article original publié sur BFMTV.com












