A Oujhorod, tout au bout des Carpates ukrainiennes, les habitants peuvent s’offrir un spectacle qui n’existe nulle part ailleurs dans le pays. Il faut s’approcher du poste-frontière avec la Slovaquie, collé à la ville : là, l’Union européenne est si proche et les champs de bataille si lointains qu’on voit voler dans le ciel non pas des drones et des missiles, mais les avions civils des compagnies internationales. Il s’agit aujourd’hui du seul endroit en Ukraine d’où l’on peut contempler la paix.
Ici, dans les montagnes et les sapins, à douze heures de route de Kiev, l’illusion a longtemps perduré d’être préservé de l’invasion russe, au moins un peu : pas de couvre-feu, de rares soldats dans les rues, deux frappes seulement en quatre ans. Mais désormais, « la guerre est entrée dans chaque famille », constate Nataliya Kabatsiy, 46 ans, directrice du Comité d’aide médicale de Transcarpatie (CAMZ), à Oujhorod.
Dans les centres d’urgence soutenus par cette ONG, les militaires racontent que les quelques mètres de boue et de neige devant eux sont devenus leur unique horizon. Comment ne pas les lâcher aux troupes russes ? Comment tenir ? Partout, c’est le même épuisement. Au CAMZ, lors d’une réunion interne, on a soupesé pendant des heures les perspectives pour 2026. Bilan : encore un an à tenir, au moins.
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