L’armée israélienne a annoncé ce dimanche 31 mai s’être emparée de l’emblématique forteresse médiévale de Beaufort, un « tournant décisif », selon Benjamin Netanyahu, de son offensive dans le sud du Liban, où elle se dit déterminée à « écraser » le Hezbollah pro-iranien.
« La prise de Beaufort est une étape spectaculaire et un tournant décisif » dans l’offensive, a affirmé le Premier ministre israélien. « Mes instructions sont d’approfondir et d’étendre notre contrôle des lieux qui étaient sous le contrôle du Hezbollah », a-t-il ajouté.
La prise de cette citadelle construite par les Croisés au XIIe siècle, site surplombant le sud du Liban et une partie du nord d’Israël, ouvre la voie à une progression de l’armée vers la région de Nabatiyé.
Une « victoire d’image »
Beaufort avait servi de base aux forces israéliennes durant les deux décennies d’occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000. « Quarante-quatre ans après la bataille héroïque de Beaufort », des soldats « sont revenus au sommet de Beaufort », s’est réjoui le ministre israélien de la Défense, Israël Katz.
La forteresse avait obtenu en 2024 une protection renforcée de l’Unesco et le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, s’était inquiété vendredi du « sérieux danger » auquel l’exposait l’offensive israélienne. Beaufort n’est pas « un site militaire de la résistance » mais un site archéologique, a déclaré de son côté le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah qui appelle à « l’indignation de tout patriote » libanais.
Pour le professeur Yagil Levy, directeur de l’Institut d’étude des relations entre civils et militaires à l’Université ouverte d’Israël, la prise de la forteresse est avant tout une « victoire d’image ». « Cela vise à présenter un accomplissement dans un discours public qui part de plus en plus du principe qu’Israël n’est pas en train de gagner », a-t-il déclaré au Guardian.
« Les protestations s’intensifient dans les communautés du nord, des critiques émergent au sein même de l’armée concernant la vulnérabilité des soldats face aux attaques de drones, le Hezbollah reste intact et il n’existe aucun plan réaliste pour son désarmement », a-t-il ajouté.
La France dénonce une « escalade majeure »
Après avoir franchi le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière, l’armée israélienne a en outre annoncé dimanche avoir « étendu ses opérations contre des cibles du Hezbollah au nord du fleuve ».
Elle a ensuite annoncé des frappes contre des infrastructures du Hezbollah à Tyr où 13 employés ont été blessés près d’un hôpital, selon le ministère libanais de la Santé. Plusieurs autres villages du sud ont aussi été touchés, selon l’Agence nationale d’information libanaise (Ani). « La campagne n’est pas encore terminée », a prévenu Israël Katz.
Paris a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, car « rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban et son occupation de plus en plus profonde dans le territoire libanais », déclaré dimanche sur BFMTV le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot.
Un peu plus tard dans la journée, Emmanuel Macron a aussi affirmé que « rien ne justifie l’escalade majeure en cours au Sud Liban », et a jugé « urgent que les armes se taisent, toutes et pour de bon ».
Le Liban fustige la « politique de la terre brûlée » d’Israël
Samedi, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, avait fustigé la « politique de la terre brûlée et de punition collective » menée par Israël. Il avait toutefois défendu la poursuite des négociations directes, lancées en avril pour résoudre le conflit et rejetées par le Hezbollah, y voyant « la voie la moins coûteuse » pour le Liban.
Une nouvelle séance de pourparlers entre les deux pays, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques, est programmée les 2 et 3 juin à Washington. Une réunion s’est tenue au niveau militaire vendredi au Pentagone, sans que Beyrouth ne puisse obtenir un cessez-le-feu effectif, celui théoriquement en vigueur depuis le 17 avril n’étant pas respecté.
Depuis le début de la guerre le 2 mars, plus de 3.412 personnes ont été tuées au Liban et plus d’un million déplacées, selon Beyrouth. Le bilan est à 25 morts dans les rangs de l’armée israélienne.
Article original publié sur BFMTV.com




