Donald Trump et son équipe « discutent de plusieurs options » pour obtenir le Groenland « et bien sûr, utiliser l’armée américaine est toujours une option à la disposition » du président, a déclaré, mardi 6 janvier, sa porte-parole Karoline Leavitt.
Le président américain « a fait savoir clairement qu’acquérir le Groenland était une priorité de sécurité nationale pour les Etats-Unis et c’est vital pour tenir en respect nos adversaires dans la région arctique. Le président et son équipe discutent de plusieurs options pour remplir cet objectif important de politique étrangère, et bien sûr, utiliser l’armée américaine est toujours une option à la disposition du commandant en chef », a-t-elle fait savoir dans une déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP).
Le Groenland et le gouvernement danois ont demandé mardi à rencontrer rapidement le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, pour dissiper des « malentendus », après le renouvellement des revendications de Donald Trump sur l’annexion de l’île arctique, territoire autonome danois.
L’idée avancée par Donald Trump de l’omniprésence de la Chine au Groenland compte parmi les incompréhensions à éclaircir. « Nous ne partageons pas cette idée selon laquelle le Groenland serait couvert d’investissements chinois », a déclaré le ministre des affaires étrangères danois, Lars Lokke Rasmussen, à la sortie d’une réunion avec la commission parlementaire des affaires étrangères sur la relation entre le royaume du Danemark – qui rassemble le Danemark métropolitain, les îles Féroé et le Groenland – et les Etats-Unis.
Le président américain émet aussi des doutes quant à la capacité du Danemark à assurer la sécurité du Groenland, ce qui « repose sur une mauvaise lecture ». « Nous veillons sur le royaume », a insisté M. Lokke, ajoutant qu’il n’était pas utile de « dramatiser » les choses. Le Danemark a fortement investi dans la sécurité arctique ces douze derniers mois, allouant pour cela quelque 90 milliards de couronnes (12 milliards d’euros).
Solidarité de l’Europe
Mardi, dans la soirée, le président français, Emmanuel Macron a dit ne pas imaginer les Etats-Unis « violer la souveraineté danoise ». « Il n’y a pas, pour moi, de scénario où les Etats-Unis seraient mis dans une situation de violer la souveraineté danoise. Cela n’existe pas », a-t-il affirmé sur France 2. « Je ne peux pas croire qu’ils trahissent leurs engagements sur le Groenland. Le Groenland est un territoire sous souveraineté danoise et il le restera », a-t-il insisté.
Plus tôt dans la journée, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni avaient, dans une déclaration commune, apporté leur soutien au Danemark. Les ministres des affaires étrangères nordiques ont également souligné dans un communiqué commun que les affaires concernant le Danemark et le Groenland devaient être tranchées exclusivement par le Danemark et le Groenland.
A Paris, où elle a participé à un sommet des alliés de l’Ukraine, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, s’est félicitée de cette démonstration de solidarité. « Cela contribue, en tout cas, à souligner qu’il ne s’agit pas seulement d’un conflit avec le Royaume du Danemark (…) mais bien avec l’Europe tout entière », a-t-elle souligné à la télévision DR. Le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a, lui aussi, remercié les dirigeants européens de leur « soutien sans ambiguïté ».
Plusieurs fois, le Groenland, soutenu par sa puissance de tutelle, a dit ne pas être à vendre et décider seul de son avenir. A maintes reprises ces derniers jours, Donald Trump et son entourage ont répété, à la presse et sur les réseaux sociaux, leur intention de faire passer l’immense île arctique de 57 000 habitants sous drapeau américain.
Le Danemark – Groenland compris – est membre de l’OTAN, et une attaque américaine contre l’un des membres de l’Alliance signifierait « la fin de tout », notamment l’ordre de sécurité mondial établi à la fin de la seconde guerre mondiale, a estimé la première ministre danoise.
Appel au « respect »
L’envoyé spécial pour le Groenland, Jeff Landry, nommé fin décembre, a cherché mardi à calmer le jeu. Selon lui, le président américain n’envisage pas d’utiliser la force pour prendre le contrôle du Groenland. « Je ne crois pas que ce soit de cela qu’il parle », a-t-il dit à la télévision américaine CNBC.
A Nuuk, le chef du gouvernement groenlandais a invité « les Etats-Unis à engager un dialogue respectueux par les voies diplomatiques et politiques appropriées et à recourir aux enceintes déjà existantes, fondées sur des accords qui existent déjà », après avoir exhorté la veille à ne pas céder à la « panique ».
A travers la capitale, les Groenlandais estimaient que les commentaires de Donald Trump n’étaient « pas acceptables dans un monde civilisé ». « Nous demandons du respect pour notre pays et notre peuple. Nous sommes ouverts aux affaires et aux relations, mais uniquement sur la base du respect mutuel », a souligné le directeur de l’Association des entreprises du Groenland, Christian Keldsen.











