Livre. Plus de quatre mois après la mise en scène du plan de Donald Trump pour stopper la guerre israélo-palestinienne, le processus qui vise à mettre fin, comme l’a annoncé le président des Etats-Unis, au « cauchemar de mille ans » tarde à se dessiner. Lire Gaza, quel avenir ? (Stock, 2025), le livre passionnant que Laetitia Bucaille consacre à ce conflit, permet de mesurer ce qui menace cette ambition louable.
Pour comprendre ce qui a pu conduire au 7-Octobre et à ce qui s’en est suivi, l’autrice, professeure de sociologie politique à l’Institut national des langues et civilisations orientales, revient sur l’échec du processus de paix d’Oslo (1993-1995) et sur les deux décennies subséquentes perdues. Chemin faisant, elle revient ainsi sur ce qui a pu constituer une occasion manquée, dans un conflit qui en est riche. En 2006, le Hamas aurait pu être amené à faire le choix du pragmatisme. Il allait vers une victoire, que tout annonçait, aux élections législatives tenues cette année-là, mais les résultats furent niés par les pays occidentaux, qui avaient pourtant réclamé ce scrutin avec insistance…
Le bilan dressé des deux décennies perdues, masquées par une apparence de statu quo, est terrible. Dépourvu du moindre horizon politique, le « système de sous-traitance sécuritaire » israélien s’appuyant sur l’Autorité palestinienne, en Cisjordanie, « ou celui du management étanche appliqué au Hamas », à Gaza, « a nourri les germes de la corruption et de la violence. Non seulement ces formules ont échoué à pourvoir à la sécurité de chacune des deux nations, mais elles minent les fondements moraux de chacune des deux sociétés ». On ne saurait mieux dire.
Double échec
Après avoir avancé l’hypothèse de la « fermentation » d’un Hamas enfermé à Gaza, qui aurait débouché sur une « daechisation des esprits » et sur un « sentiment de toute-puissance » de l’aile militaire par rapport à une direction politique en exil, Laetitia Bucaille dresse le constat de sa résilience au terme de l’anéantissement de Gaza. Le cycle ouvert le 7-Octobre se solde donc par deux échecs, celui de la milice islamiste, dont l’autrice relate de manière détaillée l’ambition délirante de suppression de l’Etat israélien, et celui d’une éradication promise et répétée par Israël qui n’a pas eu lieu.
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