L’architecte Francis Kéré, prix Pritzker 2022.PHOTO Astrid Eckert/ WIKIMEDIA
L’architecture peut-elle être réinventée ? Ou se renouvelle-t-elle d’elle-même à mesure que les nouvelles technologies viennent s’agréger aux traditions ? Et de quelle tradition peut-on ou devrait-on se réclamer dans nos sociétés mondialisées ? C’est à ces questions que le trop méconnu Francis Kéré, pourtant l’architecte le plus célèbre d’Allemagne, s’attelle. Lui-même est un passeur entre plusieurs mondes, ce qu’il faut sans doute être pour changer le nôtre en mieux.
Né au Burkina Faso en 1965, il est venu étudier à Berlin. Depuis, il a pris la nationalité allemande et a reçu le prix Pritzker, l’équivalent du Nobel en architecture, pour son savant assemblage entre l’architecture traditionnelle africaine et les techniques de construction modernes.
Sur la scène architecturale internationale, Francis Kéré s’est fait connaître au début des années 2000 en organisant en Allemagne la construction d’une école dans son village natal. Les habitants s’attendaient à un bâtiment de béton puisque après tout, cette école devait dégager une certaine importance. Mais le natif de Gando les convainc de construire en terre crue et de fabriquer ensemble les briques sur place. Tout le village participe à la construction. Cela renforce non seulement l’esprit de communauté, mais aussi l’attachement à cette nouvelle école.
Entorse à la tradition
Francis Kéré s’autorise pourtant une entorse à la tradition, en surélevant le toit qui semble alors flotter au-dessus du bâtiment. De quoi apporter une lumière inattendue mais, surtout, créer sous le toit un courant d’air qui vient rafraîchir l’intérieur de l’école de manière totalement naturelle. L’aérodynamique rencontre la low-tech, le tout se mêlant avec brio aux méthodes ancestrales de construction locales.
L’architecte utilise également la terre crue dans son pays d’adoption, comme pour un musée d’art en construction dans la campagne du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale [près de la mer Baltique]. À l’université de Munich, il enseigne aux jeunes générations que l’innovation naît du dialogue entre des savoirs très différents. Et que dans une société mondialisée, la tradition dépend moins d’un lieu que des femmes et des hommes qui en portent la mémoire.
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