« La Chine attache une grande importance au projet de loi récemment adopté par l’Assemblée nationale française simplifiant la procédure relative aux biens culturels acquis illégalement, et souhaite renforcer sa coopération avec la partie française sur ce sujet », a dit Wang Yi vendredi 8 mai lors d’une rencontre à Pékin avec Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président français Emmanuel Macron.
Le Parlement français a adopté cette loi définitivement jeudi dernier. Elle permet au gouvernement français de rendre des œuvres par décret, sans passer par une loi spécifique pour chaque œuvre, comme c’était le cas jusqu’alors.
La loi ne s’applique qu’aux biens acquis entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972, dates marquant le début du Second Empire français et la veille de l’entrée en vigueur d’une convention de l’Unesco sur les transferts de propriétés culturelles. Un nombre considérable d’objets ont notamment été pillés lors du sac en 1860 de l’ancien Palais d’été de Pékin par les forces armées franco-britanniques.
Enjeux de politique intérieure et extérieure
Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’Iris et auteur de « Géopolitique du patrimoine », estime que l’intérêt croissant de la Chine pour ce patrimoine est à mettre en lien avec des enjeux de politique intérieure et extérieure.
« La Chine n’était pas du tout regardante sur les choses de son patrimoine de la période ancienne. Tout simplement parce que le régime, jusqu’à la mort de Mao en 1976, était un régime athée. Une société communiste totalement en rupture par rapport au passé. À partir en revanche des années 1980, et davantage encore depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel Xi Jinping, on assiste à un rétablissement de la légitimité de la période impériale, très certainement dans le but de faire en sorte que le Parti communiste légitime sa propre position en s’inscrivant dans une continuité historique », explique Emmanuel Lincot.




