Elle est rayonnante dans sa robe rose-dorée. Ce samedi soir, debout sur scène devant le grand écran de l’immense salle de spectacle de la Gare du Midi, Mariam Doumba est visiblement submergée par l’émotion, toujours marquée par le décès de son mari Amadou en avril 2025. La grande artiste s’exprime à cœur ouvert et insiste bien qu’on évoque lors de la publication de cette interview le rôle important de RFI pour le succès du légendaire « couple aveugle du Mali ».
RFI : En tant que « Amadou et Mariam », vous avez parcouru le monde entier, vous êtes devenu le duo musical africain le plus célébré au monde. Le public et les médias vous adorent et vous suivent depuis des décennies, vous avez publié une autobiographie… Qu’est-ce qu’un nouveau documentaire peut encore raconter sur vous ?
Mariam : Avant qu’Amadou parte, on a déjà fait des documentaires ensemble, en France, au Mali, un peu partout. Amadou est parti avant que le film sorte. Ce qui est nouveau, c’est que maintenant, c’est la carrière de Mariam et son fils [Sam].
Vous êtes une fierté du Mali, une icône de la culture malienne. Pourtant, ce film n’a pas été réalisé par un documentariste malien, mais canadien, Ryan Marley.
Sam Bagayoko : Ce documentaire a commencé il y a trois ans. Le réalisateur est un Canadien, mais Amadou et Mariam n’appartiennent pas qu’aux Maliens. Ils appartiennent à tout le monde. C’est pour cela que tout le monde pouvait les contacter et travailler avec eux. C’est pour cela qu’ils ont accepté de faire avec Ryan Marley ce documentaire, qui retrace toute leur vie, depuis leur rencontre à Bamako, à l’Institut des jeunes aveugles.
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C’est un film très original, exigeant et émouvant qui vous suit un peu partout, nous fait comprendre votre vie, votre carrière. Un film réalisé tout en délicatesse, avec des images tournées aussi en Super 8, des scènes bouleversantes de votre vie reconstituées avec beaucoup de subtilité avec des dessins animés et avec des jeunes aveugles. Ici, vous êtes à Fipadoc, un festival du film documentaire. Quelle est votre relation avec le cinéma ?
Mariam : La musique et le cinéma, ça va ensemble. Je crois que c’est une bonne chose pour moi. Les gens me disent : « Mariam, il faut continuer, il ne faut pas arrêter. Amadou est parti, mais nous sommes là pour te soutenir. » Ça m’encourage beaucoup, ça me soulage aussi. Et puis je le fais avec mon fils, donc je suis très contente. C’est difficile, mais ça ira, avec le public.
Sons du Mali est le sous-titre. Quel est le son qui vous a le plus marquée dans ce film ?
Il y a beaucoup de sons qui m’ont marquée, surtout la voix de mon mari. On l’a fait ensemble, c’est un bon souvenir pour moi. Et il y a le bambara dedans. Il y a le français. Il y a beaucoup de sons qui m’ont marquée, mais surtout la voix d’Amadou. Je n’oublierai jamais la voix de mon mari. Ça reste dans ma tête tout le temps.
Amadou et vous, vous vous êtes rencontrés en 1976 à l’Institut des jeunes aveugles à Bamako, vous aviez 21 et 18 ans. Après, chacun de vous est tombé amoureux d’abord de la voix de l’autre. Vous avez fait la musique ensemble. Vous vous êtes mariés, malgré vos parents, qui étaient au début contre ce mariage. Et puis, il y avait cette nuit du 20 janvier 1976.
Cette nuit-là, c’était bien. J’étais vraiment sollicitée. Il y avait beaucoup de personnalités le 20 janvier 1976. Il y avait plein de gens qui pleuraient, qui jetaient de l’argent sur moi. C’était la première fois que je jouais avec Amadou sur scène. Les gens ont beaucoup aimé, donc on a pris le courage. Avant ça, j’étais élève à l’Institut des jeunes aveugles. Là-bas, c’est moi qui ai composé toutes les chansons. Et j’apprenais aux élèves à chanter et à danser, à faire des mouvements. Là-bas, Amadou et moi, on s’est donné la main et Amadou a dit qu’il veut me marier. Il y avait les pour et les contre. Les gens s’inquiétaient, parce qu’on était tous les deux aveugles. Sinon ce n’était pas méchant.
Le film parle d’un deuxième tournant dans votre vie. Quand vous avez changé le nom, vous n’étiez plus « Le couple aveugle du Mali ». Vous êtes devenus « Amadou et Mariam ». Puis, vous avez chanté la première fois dans un festival en France, les Trans Musicales à Rennes.
Avant ça, on faisait beaucoup de concerts au Mali. À l’époque, il n’y avait pas de studio d’enregistrement là-bas. Donc nous sommes allés en Côte d’Ivoire pour faire des cassettes. Les cassettes ont beaucoup marché, parce que chez nous, au Mali, il n’y avait pas de studio. Là-bas, nous avons fait plein de compositions. On est devenus très connus. Après, notre rêve, enfin mon rêve, c’était de venir en France. Il se trouve qu’Amadou était parmi les « Ambassadeurs » [le fameux orchestre ouest-africain, NDLR] avec Salif Keita. Donc il est déjà venu en France. Mais avant qu’on vienne en France, il y avait un manager, Marc-Antoine Moreau – paix à son âme. Il est parti nous chercher. Il était directeur artistique chez Polygram.
La première fois qu’on est monté sur scène en France, c’était aux Trans Musicales à Rennes. C’est là-bas qu’on a commencé à avoir beaucoup de succès. Après, nous avons joué avec des gens comme Manu Chao. Un jour, il avait entendu une chanson de nous dans sa voiture et il a dit à Marc-Antoine qu’il voulait travailler avec nous. Le morceau s’appelait Chauffeurs. Je l’ai composé pour encourager les chauffeurs. On a commencé à Paris, après on a travaillé ensemble au Mali. Quand Dimanche à Bamako est sorti, nous avons eu beaucoup de succès, beaucoup de concerts, beaucoup de prix, deux fois les Victoires de la musique, un disque d’or, un disque platine…
Dans le documentaire, plein de musiciens expriment leur admiration envers vous et Amadou : Tiken Jah Fakoly, Manu Chao, Chris Martin de Coldplay, Mathieu « M » Chedid, le duo musical américain Sofi Tukker… Amadou et Mariam : Sons du Mali sort presque un an après le décès de votre mari en avril 2025. Qu’est-ce que vous voulez dire à Amadou à travers ce film ?
Amadou, je ne l’oublierai jamais. Amadou a fait beaucoup de choses pour moi. C’est très important. Je ne l’oublierai jamais dans ma vie. Chaque fois, ça vient dans ma tête, même si je suis dans la maison, sur scène, je le vois toujours. Il est toujours à côté de moi avec sa guitare. Souvent, on tchatche ensemble, on dit des choses ensemble. Voilà. Aujourd’hui, sur scène, mon fils est à côté de moi, ça me soulage et m’encourage. On avait commencé à jouer ensemble quelques morceaux, quelques concerts ensemble avant qu’Amadou parte. Au Mali, tout le monde nous a aimés…
Le film Amadou et Mariam : Sons du Mali, réalisé par Ryan Marley, sort le 6 février dans les salles en France.












