Pour cette dernière journée de la troisième semaine d’audience, quatorze proches de victimes ont défilé devant les juges de la cour d’appel de Paris. Ils ont tous crié leur incompréhension des rencontres occultes en 2005 en Libye de collaborateurs de Nicolas Sarkozy avec Abdallah Senoussi, beau-frère du dictateur Mouammar Kadhafi et organisateur de l’attentat à la bombe qui a coûté la vie à leurs proches au-dessus du désert nigérien.
Le 19 septembre 1989, un avion du transporteur UTA reliant Brazzaville à Paris explose en plein vol après une escale à N’Djamena, faisant 170 morts de 18 nationalités, dont 54 Français. L’enquête révèle que l’attentat à la valise piégée a été exécuté par les services secrets libyens, en représailles à l’intervention de la France dans un conflit entre la Libye et le Tchad.
Danièle porte la veste trop ample de feu son grand-frère, Yohanna la montre, retrouvée intacte, de sa mère hôtesse de l’air. Comme les autres victimes, elles évoquent leurs proches décédés. Mais surtout leur soif de justice, après des années de « souffrance » et « d’humiliation », disent-elles.
Elles rappellent le choc de l’attentat au procès qui a vu la condamnation d’Abdallah Senoussi, bouclés en deux jours sans qu’elles aient la parole. Puis la « trahison » de la reprise des relations avec la Libye et l’accueil en grandes pompes de Kadhafi à l’Élysée par Nicolas Sarkozy en 2007. Enfin, elles détaillent la « sidération » de découvrir que l’ex-président aurait laissé Claude Guéant et Brice Hortefeux faire des « tractations » avec le terroriste Senoussi pour obtenir des fonds.
Comment ces hommes d’État auraient pu « bafouer ainsi les principes primordiaux de la République » tout en « foulant au pied nos morts ? », fustige Mélanie.
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« Une fois encore, la parole des victimes réelles disparaissait »
Prévenus dans ce dossier, Claude Guéant et Brice Hortefeux disent avoir été piégés par Abdallah Senoussi et n’avoir jamais discuté avec lui d’un financement de campagne occulte. Nicolas Sarkozy nie avoir même eu connaissance de ces rencontres à l’époque.
C’est donc surtout le premier procès et ses suites sur lesquels tous s’attardent. À l’audience, « chaque déni est une gifle, chaque mensonge une chute », souffle Yohanna. « À peine la condamnation prononcée, le contre-récit a été mis en place », à grand renfort de « battage médiatique qui donnait à Nicolas Sarkozy une dimension quasi christique », dénonce Véronique… Jusqu’à la parution du livre de Nicolas Sarkozy sur ses 21 jours de prison, une « victimisation » insupportable.
Et Danièle de résumer : « Cette dernière séquence nous a écrasés ; les attaques du président contre les juges, glacé. La mise en scène de son malheur, atterré. Une fois encore, la parole des victimes réelles disparaissait. »
En première instance, le tribunal avait jugé recevable leur constitution de partie civile. Le procès en appel est prévu jusqu’au 27 mai.
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