Le sociologue Félicien Faury a rencontré de nombreux électeurs de droite et d’extrême droite dans le cadre d’une enquête de terrain, réalisée dans le sud-est de la France, entre 2016 et 2022, dont il a tiré l’ouvrage Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite (Seuil, 2024). Il analyse l’impact potentiel du discours de délégitimation de Jordan Bardella auprès de son électorat.
La perception de la compétence d’un responsable politique est-elle décisive pour l’électorat du Rassemblement national (RN) ?
Elle l’était pour les gens de droite que je rencontrais : l’incompétence présumée de Marine Le Pen revenait souvent pour justifier qu’ils ne votent pas RN, malgré leur accord sur l’immigration. En revanche, dans l’électorat RN, la compétence compte moins que l’expérience de vie. Il y a une très forte défiance envers le monde politique dans son ensemble, souvent pris comme un tout homogène, et où le principal reproche est celui de l’absence d’expérience d’un même vécu que les Français. « Ceux qui nous gouvernent », pour reprendre l’expression employée, « ne vivent pas comme nous, n’ont pas les mêmes préoccupations ». Il y a la conscience d’une distance de classe entre « notre monde » et celui des politiques.
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