dimanche, septembre 6

Ses victimes sont unanimes: si Eddie Goujit gagne facilement la confiance de ses proies, c’est avant tout parce qu’il est incontestablement « sympathique ». C’est exactement ce que se dit Logann, saisonnier, lorsqu’il croise sa route, cet été en Ardèche. Le jeune homme de 19 ans, animateur dans un camping voisin, dit s’appeler Alexandre de Bernard, dit « Alex ». Entre les deux naît rapidement un lien amical fort. « Le feeling est bien passé, on a sympathisé », relate Logann auprès de BFM.

Quelques jours après leur rencontre, Alex lui confie qu’il aime bien sa façon d’être et de travailler. Justement, affirme-t-il, il recherche des personnes comme lui pour un nouveau projet: il va bientôt reprendre la direction du camping de son grand-père à Hyères, dans le Var, et il aurait besoin d’une personne comme lui pour encadrer les saisonniers. Logann accepte ce poste très bien payé. « En une semaine, il m’a fait signer un contrat. »

L’occasion est trop belle. Pourtant, Logann commence à nourrir des doutes sur son nouvel ami: « Je me disais que c’était quand même bizarre qu’il reprenne, si jeune, un camping. Quand on y repense, c’était gros. Mais plus c’est gros, plus ça passe. » Prudent, il contacte tout de même le camping varois en question… et n’en revient pas: le directeur est en fait une directrice, elle ne connaît pas d’Alexandre de Bernard et surtout, elle n’a jamais eu l’intention de céder son camping.

Rapidement, tout s’enchaîne: le 18 août dernier, Logann apprend qu’Alex s’est fait arrêter après le dépôt d’une plainte à son encontre, qu’il s’appelle en réalité Eddie Goujit et que malgré son jeune âge, il est loin d’en être à sa première arnaque. Par le passé, le jeune homme avait déjà été mis en examen pour « faux et usage de faux », « usurpation de titres », « tentatives d’escroquerie », « escroqueries » et « vols ». Placé un temps en détention provisoire, il avait été remis en liberté dans l’attente d’un éventuel procès, placé sous contrôle judiciaire. Après ces nouvelles plaintes, il est donc de retour en détention depuis le 20 août.

Le « nouveau Rocancourt »

Quand on l’informe qu’Eddie Goujit est de retour en prison, Bruno Solari, qui l’a rencontré deux ans auparavant, n’en revient pas. À plusieurs reprises, au bout du fil, il nous demande de répéter. « Vous me dites qu’il a récidivé dans un camping, et qu’il est de nouveau en prison? », articule-t-il avant de partir dans un grand éclat de rire, amer. « Je le savais, je le savais. J’avais même donné un nom à ce monsieur: le nouveau Rocancourt. J’avais dit à la justice que tant qu’il ne serait pas en taule, il n’arrêterait pas. »

Bruno Solari, organisateur d’un concours de beauté Miss et Mister Elegance, se trouvait avec son équipe sur la Croisette à l’occasion d’une édition de Cannes Séries, en avril 2024. Alors qu’ils s’apprêtent à rentrer dans leur hôtel, un jeune homme les interpelle et insiste pour poser avec eux en photo. Selon Bruno Solari, Eddie Goujit se présente comme un élu de la région PACA, écharpe tricolore en bandoulière. Il en profite pour lui glisser que la région souhaite organiser un concours et qu’il le recontactera pour parler affaires avec lui.

Six mois plus tard, le très jeune « élu » reprend contact avec Bruno Solari et lui expose le projet suivant: « La région veut monter un concours de beauté et a besoin de personnes qui s’y connaissent. Et en plus, elle donnera des subventions à mon association! » D’après lui, Eddie Goujit ne s’en tient pas là: il lui explique qu’il se lance aussi dans la campagne pour les élections municipales à Toulon, et lui propose un contrat pour être l’un de ses conseillers. « Il m’envoie une promesse d’embauche par mail, avec le logo de la région en en-tête. »

Le jeune homme va encore plus loin, relate-t-il. En février 2025, le soir de la finale du concours de beauté de Bruno Solari, il arrive et, sous le regard d’autres élus, lui remet un immense chèque cartonné de 175.000 euros au nom, dit-il, de la Région, ainsi qu’une médaille de l’Ordre du mérite.

« Quand on a en face de soi des élus de la République qui laissent défiler le film et qui n’interviennent pas, on se met à chialer en se disant: mais c’est bien vrai, quoi », commente-t-il auprès de BFM.

« Le mensonge, c’est plus fort que lui »

Quelques jours plus tard, Bruno Solari déchante complètement. On l’informe qu’Eddie Goujit n’est pas un élu de la Région, que le chèque est faux, tout comme la médaille qu’il lui a décernée. Qui plus est, le contrat qu’il lui a promis au nom de la Région PACA ne vaut rien. « Quand il parlait, quand il se présentait, il avait le vocabulaire, la prestance. On voyait qu’il maîtrisait son sujet », se remémore désormais la victime.

Petit à petit, Bruno Solari découvre l’ampleur du pedigree de son arnaqueur. S’il a bien fréquenté un temps les sphères de la Région en tant que membre du Parlement régional de la jeunesse, il s’en est cependant fait renvoyer en mars 2024 après s’être fait passer pour le vice-président de la Région ou encore un membre de l’Éducation nationale. Après avoir découvert qu’il utilisait ses emblèmes pour convaincre ses interlocuteurs, la Région avait porté plainte pour « usurpation de fonctions », « faux et usage de faux » et « escroquerie » à l’encontre d’Eddie Goujit, âgé seulement de 17 ans.

À Saint-Raphaël, c’est un hôtelier qui se plaint d’avoir été arnaqué par le tout jeune homme, qui a fourni des chèques non valables pour régler un séjour à hauteur de 1.600 euros avant de partir.

Au mois d’août 2025, Eddie Goujit est embauché dans un camping de Bourg-Saint-Andéol en Ardèche. Recruté comme animateur, il faisait, entre autres, payer cinq euros aux enfants qui souhaitaient accéder à l’aire de jeux, racontait l’an dernier la directrice du camping, sur France Inter. « C’est plus fort que lui, le mensonge: comme quoi il est à Sciences Po, que sa mère est procureure… Il offre à boire, à manger, il dit que c’est la maison qui paye », poursuivait-elle, excédée.

En découvrant ce que fait son employé dans son dos, la directrice le livre à la police. C’est là qu’il est, pour la première fois, interpellé et placé en détention provisoire. En apprenant qu’il est finalement, deux mois plus tard, remis en liberté sous contrôle judiciaire, Bruno Solari se décompose. « J’ai un préjudice, ça m’a fait de la peine, j’ai donné ma confiance à quelqu’un qui ne le mérite pas », décrit-il, également en colère contre la justice qui, selon lui, n’avance pas sur le dossier. « C’est ce sentiment-là que j’ai maintenant, une profonde colère, du dégoût. »

Le « mystère » des motivations

Jérôme et sa compagne, eux, étaient vacanciers dans le camping dans lequel « Alex » travaillait cet été. S’ils n’ont pas porté plainte en l’absence de préjudice concret à leur encontre, ils racontent le goût amer qu’ils ont depuis qu’ils ont appris que l’animateur, dont ils s’étaient rapprochés en vacances, leur avait menti sur toute la ligne.

Ils racontent que dès leur arrivée, le 19 juillet, Alex les aborde et se présente comme le responsable des animateurs. « Il nous explique tout le programme, il est super sympa, gentil, franchement adorable », relate Jérôme, contacté par BFM. Le jeune homme se rend indispensable, répond à toutes les demandes du couple, règle tous leurs problèmes et, une fois de plus, se lie d’amitié avec eux. Il leur confie qu’il est né sous X et qu’il a été adopté par un couple d’hommes. Avec ce mensonge qui fait écho avec l’histoire personnelle de Jérôme et sa compagne, il gagne un peu plus leur confiance. En rentrant de vacances, le couple lui écrit par message pour le remercier, lui dire qu’il est une « belle personne ».

À eux aussi, le faux Alex avait parlé de son projet de reprendre le camping de son grand-père, leur assurant déjà qu’ils auront un emplacement réservé. Selon Jérôme, il offre même à son fils de l’embaucher comme saisonnier et avance un salaire et des conditions de travail confortables. Avec le recul, Jérôme se félicite que toute l’opération ne soit pas allée au bout: « Si on avait continué, il aurait fait la même chose avec mon fils. »

« Sa gentillesse, c’était juste pour embobiner les gens. Tout était faux. De tout ce qui est sorti de sa bouche, il n’y avait rien de vrai », déplore-t-il encore. Logann, lui aussi, dit être « tombé des nues ». Pour lui, les motivations d’Eddie Goujit restent à ce stade un « mystère ». S’il témoigne désormais, « c’est pour qu’il ne retourne plus en animation, du moins tant qu’il ne s’est pas fait soigner ».

Contacté par BFM Toulon Var, l’avocat du mis en cause, Me Aïckel Hachfi, n’a pas souhaité commenter l’incarcération de son client, les investigations se poursuivant.

Article original publié sur BFMTV.com

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