samedi, mai 16

La République démocratique du Congo (RDC) est frappée de plein fouet par Ebola, aucun vaccin contre le variant Bundibugyo à l’origine de l’épidémie actuelle ne permettant aux autorités sanitaires d’endiguer la propagation du virus, qui a aussi fait un mort en Ouganda voisin.

A ce stade, 88 décès vraisemblablement dus au virus ont été enregistrés, sur 336 cas suspects, selon un bilan donné samedi par l’agence sanitaire de l’Union africaine, l’Africa CDC. Le foyer de l’épidémie se trouvant dans une zone difficilement accessible, peu d’échantillons ont été testés en laboratoire et les bilans s’appuient majoritairement sur des cas de suspicion.

La RDC avait connu une épidémie d’Ebola entre août et décembre 2025, avec au moins 34 morts. L’épidémie la plus meurtrière y avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades, entre 2018 et 2020.

Ebola, qui provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, reste redoutable malgré de récents vaccins et traitements, efficaces uniquement contre la souche Zaïre à l’origine des plus grandes épidémies recensées.

Le virus a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années. Lors des flambées épidémiques précédentes, le taux de mortalité a fluctué entre 25% et 90%, selon l’OMS.

Vendredi matin, l’Africa CDC avait déclaré qu’une nouvelle épidémie était en cours en RDC, vaste pays d’Afrique centrale de plus de 100 millions d’habitants, mettant en garde contre un « risque élevé de propagation » du virus.

Dans la soirée, le ministère de la Santé ougandais signalait le décès, des causes du virus, d’un Congolais jeudi à Kampala. Aucun « cas local » n’a été signalé pour l’instant.

– « Les gens meurent » –

Le foyer de l’épidémie se situe dans l’Ituri, province du nord-est congolais, frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Cette région aurifère connaît d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière. Par ailleurs, l’accès à certaines parties de la province, en proie à des violences menées par des groupes armés, est difficile pour des raisons sécuritaires.

« Nous voyons des gens mourir depuis deux semaines », décrit Isaac Nyakulinda, représentant de la société civile de Rwampara, contacté par l’AFP par téléphone. « Il n’y a pas de lieu pour isoler les malades. Ils décèdent à domicile et leurs corps sont manipulés par les membres de leurs familles », poursuit-il, en disant craindre le pire.

« La souche Bundibugyo n’a pas de vaccin et n’a pas de traitement spécifique », a souligné samedi le ministre de la Santé congolais, Samuel-Roger Kamba, ajoutant qu' »avec cette souche, le taux de létalité est très important, on peut aller jusqu’à 50% ».

Le variant Bundibugyo n’a provoqué que deux épidémies dans le monde à ce jour, en Ouganda en 2007 (42 décès sur 131 cas confirmés) et en RDC en 2012 (13 décès sur 38 cas confirmés).

« Nous ne disposons pas de vaccin, ce qui veut dire que nous comptons essentiellement sur les mesures de santé publique » telles que le respect des gestes barrières et la limitation des déplacements, a résumé samedi Jean Kaseya, le patron de l’Africa CDC.

L’agence de l’UA estime que le risque de propagation aux pays d’Afrique de l’est voisins de la RDC est « élevé » et que « l’ampleur réelle de cette épidémie » n’est pas encore connue.

Si les cas suspects étaient confirmés, cette épidémie « se classerait au 7e rang des épidémies les plus importantes » toutes souches confondues, et au 2e rang des plus grandes épidémies d’Ebola non Zaïre, selon des déclarations du Dr Anne Cori, spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses à l’Imperial College de Londres, vendredi au Science Media Center britannique.

– « En peu de temps » –

Selon les autorités sanitaires, le premier cas suspect est un infirmier, qui s’est présenté le 24 avril dans une structure médicale de Bunia, capitale de l’Ituri, avec des symptômes correspondant à une infection à Ebola tels que fièvre, hémorragies et vomissements.

Plusieurs cas suspects ont depuis été enregistrés à Bunia, dont la population est estimée à 300.000 habitants. Mais ce sont les zones de santé de Mongbwalu et Rwampara, comptant chacune près de 150.000 habitants, qui sont pour l’instant les plus touchées.

« Le nombre de cas et de décès que nous constatons en si peu de temps, combiné à la propagation dans plusieurs zones sanitaires et désormais au-delà de la frontière, est extrêmement préoccupant », a relevé Trish Newport, de l’ONG Médecins sans frontières, présente en Ituri.

L’OMS a indiqué vendredi préparer un envoi par avion depuis Kinshasa de cinq tonnes de matériel. En RDC, l’acheminement de médicaments et d’équipements est souvent un défi, sur un territoire grand comme quatre fois la France, doté de voies de communication limitées et en mauvais état.

Cette épidémie est la 17e en RDC depuis que la maladie a été identifiée en 1976 au Zaïre, ancien nom de la RDC. D’autres pays du continent ont été touchés ces dernières années par Ebola, notamment la Guinée ou la Sierra Leone.

La transmission humaine du virus se fait par les fluides corporels ou par exposition au sang d’une personne infectée, vivante ou décédée. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes, la période d’incubation pouvant aller jusqu’à 21 jours.

burs-cld/am

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