Détenu depuis 2016, Selahattin Demirtas a été une nouvelle fois condamné, a affirmé mardi 6 janvier son avocat à l’Agence France-Presse (AFP). La condamnation contre l’opposant kurde a été prononcée en dépit d’une décision définitive de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en sa faveur.
Emprisonné à la prison d’Edirne, Selahattin Demirtas, 52 ans, a été condamné à un an, cinq mois et 15 jours de prison pour « insulte au président », a précisé à l’AFP son avocat Ozgur Ozbek. Selon M. Ozbek, plusieurs chefs d’accusation d’insulte au président concernant des discours prononcés il y a au moins dix ans ont été regroupés dans un même dossier.
Le tribunal a cependant refusé d’accorder à son équipe juridique un délai supplémentaire pour préparer sa défense et s’est empressé, selon M. Ozbek, de rendre son verdict. « Si le tribunal a statué aussi rapidement, c’est parce qu’il craignait la prescription. Or, rendre une décision fondée sur ce raisonnement avant la fin de l’instruction est juridiquement incorrect », a assuré M. Ozbek, affirmant son intention de faire appel.
Figure emblématique
« Nous rejetons l’emprisonnement de notre estimé camarade Selahattin Demirtas sous prétexte d’insulte au président, et nous ne reconnaissons pas cette décision. De telles décisions judiciaires (…) compromettent l’espoir d’une paix durable en aggravant les injustices », a réagi sur X le co-président du parti prokurde DEM, Tuncer Bakirhan.
Selahattin Demirtas était absent à l’audience, sa demande de présence ayant été rejetée par le juge pour des raisons de sécurité, selon le journal BirGün.
Ce n’est pas la première fois que Selahattin Demirtas est condamné pour insulte au président : en 2021, il avait été condamné à trois ans et demi de prison pour avoir critiqué la gestion par le gouvernement d’un incident au cours duquel l’armée de l’air turque avait abattu un avion militaire russe au-dessus de la frontière syrienne en 2015.
Figure emblématique et charismatique du mouvement kurde en Turquie, M. Demirtas a été arrêté en 2016, au sommet de sa carrière politique, et emprisonné pour de multiples accusations liées au terrorisme.
La CEDH a exigé à plusieurs reprises sa libération et a rendu en novembre un arrêt contraignant, jusqu’à présent ignoré par la Turquie.










