Prosterné sur la place Al-Naïm, au centre de Rakka, Ahmed Al-Omar récite des prières, étouffées par des pleurs déchirants. Dimanche 18 janvier, au soir, ce policier de 35 ans est rentré dans sa ville natale du nord-est de la Syrie, douze ans après l’avoir quittée. Autour de lui, des tirs de kalachnikov célèbrent, dans un vacarme assourdissant, le départ des Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde). « J’ai quitté Rakka à cause de Daech [l’organisation Etat islamique ; EI], puis des FDS. Je suis parti avec mes camarades. J’en ai enterré quarante, partout en Syrie, au fil des batailles, avant de pouvoir enfin rentrer », dit le policier.
Dans la ville livrée aux pillards, le temps que s’installent les forces de sécurité de Damas, les habitants exultent. « C’est la première fois qu’on lève le drapeau syrien et qu’on écoute les chansons de la révolution », salue Yasser Saleh. Ce chômeur de 35 ans dit que six personnes ont été tuées sur la place, l’après-midi, par les FDS, quand une foule s’est réunie pour célébrer la libération. A la nuit tombée, Rakka n’est toujours pas sécurisée.
Le destin du Nord-Est syrien a basculé en deux jours. Samedi 17 et dimanche 18 janvier, les forces gouvernementales ont repris aux FDS les provinces à majorité arabe de Rakka et de Deir ez-Zor, qu’elles administraient après en avoir chassé l’EI, avec l’aide de la coalition internationale, entre 2016 et 2019. Poussant son avantage après avoir repris l’enclave kurde d’Alep et faisant le pari du retournement des tribus arabes, le président de transition syrien, Ahmed Al-Charaa, s’est rendu maître d’une partie de la région autonome kurde, ainsi que des ressources pétrolières et gazières de celle-ci. Les forces kurdes, en débandade, se sont retirées vers le nord, autour de Hassaké, Kobané et Kamechliyé.
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