La brume se lève sur le stade, comme le rideau d’un théâtre. Le spectacle peut commencer. Déjà, il déborde. Du terrain de football. Sur les gradins hurlants et bien au-delà, vers le lac de Côme, qui baigne la cité lombarde et lui confère son prestige, jusque vers les reliefs de calcaire, visibles de cette arène située en plein centre-ville. Elle a été érigée en 1927. De même que le quartier alentour, elle est marquée par l’architecture rationaliste, avec ses lignes épurées et ambivalentes, relevant à la fois d’un miracle moderniste et de l’héritage honteux du fascisme.
En cet après-midi d’octobre, l’affiche est prometteuse. Deux villes des contreforts alpestres s’affrontent. La Juventus Turin, « Vieille Dame » du sport italien, rencontre les Comasques, qui jouent à domicile. Des chœurs tonitruants accueillent les visiteurs, scandés en dialecte. L’hymne, écrit par le chanteur local Davide Van De Sfroos, s’intitule Pulènta e Galèna Frègia : « polenta et poulet froid ».
Evocation mélancolique d’un repas de restes un lendemain de Noël, il tranche avec la réalité d’une ville au passé ouvrier que les écrans ont transformée en aimant à touristes et à milliardaires. Car rien ne semble arrêter l’essor du club autochtone, petit empire en expansion, dont les ambitions dépassent largement les quelque 12 000 places du stade Giuseppe-Sinigaglia – un rameur du cru, tombé sur le front autrichien, en 1916. Voilà que, dans le virage ouest, des ultras agitent des drapeaux frappés de têtes de mort.
Manne ou malédiction ?
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