Il élaborait un vin qui faisait rêver tous les passionnés, mais que bien peu ont eu la chance de goûter. Produit sur 10 hectares de vignes en quantité très limitée (environ 15 000 bouteilles par an), sans communication ni marketing, à l’écart des médias, Château Rayas est devenu, sous sa houlette, un vin mythique. Homme de silence et de recueillement face à la nature, Emmanuel Reynaud est mort le 25 novembre à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse), à 61 ans, des suites d’un cancer du rein, et le monde a perdu un de ses plus grands vignerons.
Rayas existait bien avant Emmanuel Reynaud. Son arrière-grand-père Albert Reynaud avait fait l’acquisition des premières parcelles de vignes en 1880. Quand il reprit le domaine en 1997, après le décès soudain de son oncle Jacques Reynaud en pleine rue d’Avignon, ce châteauneuf-du-pape au terroir atypique et au goût inimitable avait déjà une belle réputation.
Mais, en replantant une partie des vignes, en refusant la course au rendement et à la concentration, en privilégiant des temps d’élevage très longs – il ne commercialisait ses cuvées qu’au bout de huit à dix ans –, Emmanuel Reynaud a réussi à hisser le vin à son sommet. Les amoureux de la production de son oncle avaient pourtant douté, à ses débuts. « Quand un vigneron meurt, on porte toujours son travail aux nues, nous confiait-il en 2017. Ce qui peut devenir problématique quand son vin est le reflet de sa personnalité. Voilà pourquoi j’insiste à laisser le terroir l’emporter sur l’homme. L’expression du terroir, contrairement à une personnalité, peut se transmettre d’une génération à l’autre. J’espère que mes enfants continueront dans cet esprit. » Il appartient désormais à ses fils Benoît et Louis-Damien de respecter ce souhait.
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