Son dernier tour de (grande) piste. Emmanuel Macron accueille à compter de ce lundi 15 juin son ultime G7, avant la fin de son mandat à l’Élysée. L’évènement, qui se déroule à Evian, pourrait parachever dix ans de déclarations et de prises de position fortes du président de la République à l’international. Avec un bilan demi-teinte, marquée par des succès théoriques irréfutables mais des concrétisations à la peine.
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Ce rendez-vous des puissants sur le sol français marque la première rencontre transatlantique entre le président américain Donald Trump et les autres membres du G7 (France, Allemagne, Canada, Italie, Japon et Royaume-Uni) depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février. Cette crise internationale est dûment inscrite au programme des discussions, tout comme la guerre en Ukraine, avec la venue du président Volodymyr Zelensky. Mais l’Élysée mettra aussi sur la table des sujets « structurants » à l’international, à commencer par la réduction des déséquilibres macroéconomiques.
Sur ce dernier point, l’heure est au satisfecit avant même le début de la rencontre. La présidence française se réjouit ainsi d’un « constat commun » sur la dangerosité des déséquilibres d’importations, exportations et productions et évoque en parallèle un « consensus » pour « agir ensemble pour un agenda de croissance durable ». La même satisfaction est de mise sur les sujets relatifs à la « souveraineté économique », à propos d’un texte pour « l’accélération de la recherche » sur le cancer, sur la protection de l’enfance en ligne et sur l’investissement dans « les pays plus fragiles ». « Sur ces sujets de fond, ce G7 est d’ores et déjà un succès », vante l’Élysée.
Une véritable « victoire conceptuelle » qui ne fait pas tout
À quelques encablures de sa fin de mandat, Emmanuel Macron pourra aussi se vanter d’avoir eu raison avant tout le monde avec son concept d’« Europe puissance », détaillé dès son discours de la Sorbonne en 2017. Le chef de l’État a longtemps prêché dans le désert, avant que la pandémie du coronavirus, le déclenchement de la guerre en Ukraine et surtout le retour de Donald Trump à la Maison Blanche sonnent le réveil des partenaires européens. « C’est vrai qu’on assiste à une victoire conceptuelle de Macron », affirme à l’AFP Michel Duclos, expert à l’Institut Montaigne. Mais cet ex-ambassadeur nuance : « En diplomatie, avoir raison est parfois moins important que d’avoir des résultats opérationnels. » C’est là que le bât blesse.
Illustration avec l’idée de la dissuasion nucléaire européenne, évoquée par le chef de l’État dès 2020. Elle a été applaudie par de nombreux alliés, mais a suscité une levée de boucliers dans une partie de l’opposition française, obligeant le gouvernement puis le chef de l’État lui-même à intervenir dans le débat pour tenter de le désamorcer. Ces réticences nationales n’ont pas eu raison du projet, la dissuasion nucléaire européenne étant désormais en cours de construction. Mais le chef de l’État, peu soutenu dans son propre pays, qui plus est après la dissolution ratée, s’est affaibli aussi sur la scène internationale. Les fortes critiques exprimées par le Rassemblement national ne sont pas non plus de nature à rassurer les alliés sur l’avenir, alors que le parti d’extrême droite caracole en tête des intentions de vote à onze mois du scrutin présidentiel. Plus récemment, l’échec du SCAF, le projet d’avion de combat franco-allemand, est aussi venu illustrer les limites de sa démarche de coopération et de défense européenne souveraine.
Ne pas dire que « c’est un échec » mais…
Dans un tout autre domaine, Emmanuel Macron a aussi dû revoir ses ambitions à la baisse : sur le plan climatique. Le président français qui, au lendemain du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, s’était présenté en champion du climat avec son « Make our planet great again », s’est heurté au retour de Donald Trump et de son climatoscepticisme à la Maison Blanche six ans plus tard. À la veille d’un G7 où la question climatique est reléguée au second plan, l’Élysée est bien forcé de reconnaître que « les objectifs ne sont plus consensuels dans le G7. » Un langage très diplomatique pour éviter de parler « d’échec » mais qui n’empêche pas le constat sans appel : « ça n’a pas marché ».
Le G7 risque aussi de renvoyer le chef de l’État à son impuissance sur deux sujets d’envergure : les crises en cours en Iran et Ukraine. À rebours de son optimisme sur d’autres thématiques, l’Élysée se montre très précautionneux sur l’issue de ces discussions. Deux objectifs sont fixés pour l’Ukraine : « converger sur la nécessité » de maintenir les soutiens européen et surtout américain, aussi réduit soit-il désormais et avancer sur les « conditions (à partir desquelles) les partenaires du G7 peuvent encourager la négociation » avec la Russie. Sur la situation au Moyen-Orient, les termes se font encore moins précis. « Nous attendons de cette session qu’elle porte sur les moyens de sortir de la crise aujourd’hui dans le Golfe » avec le déblocage du détroit d’Ormuz « mais aussi traiter » la question des programmes nucléaire et balistique iraniens « et sa politique régionale », indique prudemment l’Élysée.
Si la présidence française ne s’avance pas sur des objectifs plus précis, c’est bien parce qu’elle se sait limitée dans sa capacité à agir concrètement – en partie à cause de l’omniprésence du très imprévisible Donald Trump. En témoignent les initiatives du chef de l’État pour peser dans la résolution des conflits – une « coalition des volontaires » pour l’après-guerre en Ukraine, ou à Gaza après le 7 octobre, et une « coalition maritime » post-conflit dans le détroit d’Ormuz -, qui n’ont guère dépassé le stade de la proposition à ce jour. Il ne reste que onze mois à Emmanuel Macron pour tenter de les faire avancer. Une réussite lui permettrait de laisser au moins cette trace – concrète – sur la scène internationale. Un échec ajouterait une ligne à la liste de ses initiatives tombées dans l’oubli.
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