L’avocat tunisien Ayachi Hammami est en prison. Il est en grève de la faim. Il met aujourd’hui sa vie en danger. Son cas pose une question centrale : que reste-t-il de l’Etat de droit en Tunisie et que vaut encore le discours de ses partenaires internationaux ? Alors que les démocrates tunisiens célèbrent le quinzième anniversaire de la révolution du 14 janvier 2011, qui donna le signal de la vague historique des « printemps arabes », cette simple interrogation donne la mesure de la régression généralisée que connaît ce pays qui fut à l’avant-garde du réformisme politique dans cette région du monde.
Figure du barreau de Tunis, Ayachi Hammami a été incarcéré le 2 décembre 2025. Il ne se trouve pas en prison pour un acte criminel, mais pour ce qu’il incarne. Avocat depuis plusieurs décennies, défenseur inlassable des prisonniers politiques, de l’indépendance de la justice et des libertés publiques, il a traversé les régimes sans jamais changer de ligne. Sous la présidence de Zine El-Abidine Ben Ali (1987-2011) déjà, puis après 2011, et surtout depuis le tournant autoritaire du 25 juillet 2021 [date à laquelle le président, Kaïs Saïed, s’était arrogé les pleins pouvoirs], il a opposé le droit à l’arbitraire, la justice à la concentration sans limites des pouvoirs.
Sa condamnation en appel, le 27 novembre 2025, à cinq ans de prison ne relève pas d’un contentieux pénal ordinaire. Elle traduit une volonté assumée d’utiliser la justice pénale, détournée de sa fonction, pour sanctionner des convictions ou tout simplement des paroles. Ce qui est visé, ce ne sont pas des infractions établies, mais des personnes et des positions ; des dossiers sont montés de toutes pièces pour criminaliser la défense, la parole et l’engagement.
Echec de l’Etat de droit
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