- Les enseignants s’emparent du jeu d’échecs pour renforcer la logique de leurs élèves.
- Les explications d’Isabelle Abello, ancienne double championne de France et enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille.
Soixante-quatre cases, trente-deux pièces et un roi à mettre en échec. Sur le plateau, les pièces se déplacent toujours de la même façon : les pions de case en case, les tours à l’horizontale ou à la verticale, les fous en diagonale, les cavaliers en L. La reine reste libre de ses mouvements. Objectif : éliminer un maximum de pièces pour mettre le roi en difficulté.
Isabelle Abello, enseignante dans une école primaire des zones prioritaires des quartiers nord de Marseille, joue aux échecs depuis l’école primaire. Elle donne pour TF1info les atouts de ce sport cérébral : « Le jeu compte six pièces différentes qui se déplacent chacune d’une façon précise. Pourtant, il existe plus de possibilités de jouer ses pièces que d’étoiles dans l’univers. La richesse du jeu rend les choix difficiles
. »
L’ancienne double championne de France fait de ce jeu une pièce maîtresse de sa méthode d’enseignement. Elle s’appuie sur la Fédération française d’échecs qui noue, depuis 2022, un accord avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. « Je voulais montrer aux élèves que d’autres activités que le foot ou la gym existent. Nous pouvions nous équiper pour 80 euros seulement, une aubaine.
» La fédération accompagne les enseignants en fournissant un échiquier mural, dix échiquiers, des fiches, des exercices et des vidéos démonstration. Les académies organisent des compétitions entre écoles. « Notre équipe a terminé troisième au championnat départemental des Bouches-du-Rhône
« , se réjouit l’enseignante.
L’institutrice se sert du temps scolaire pour initier ses élèves. Pendant les récréations, elle ouvre le club de l’école et refuse même du monde : « Je dois m’organiser pour que tout le monde puisse jouer une fois par semaine. Pour s’inscrire aux compétitions académiques, j’ai dû choisir 14 élèves alors que j’avais 53 demandes
« . Ce jeu, pourtant individuel, se dispute en équipe de plusieurs joueurs : « Chaque équipe envoie un représentant au tableau. Les joueurs discutent et négocient. Les élèves progressent en comprenant leurs erreurs.
» La professeure note que ce sport favorise la parité : « Dans notre équipe, nous avons une égalité de sept filles et sept garçons. Ils se battent avec les mêmes pièces
. » Elle ajoute que le jeu aide les élèves à gérer leurs émotions et se soutenir : « Dans l’équipe, les membres en difficulté se confrontent aux meilleurs pour progresser.
»
Travailler la géométrie dans l’espace et le calcul mental
En quatre ans, le dispositif « Class’échecs » a déjà sensibilisé plus de 300.000 élèves. En Corse, les échecs font partie des matières obligatoires et sont enseignés à tous les élèves. La région figure en tête des classements nationaux en mathématiques. Pas de quoi surprendre l’enseignante de CP-CE1 : « Le jeu fait travailler la géométrie dans l’espace. C’est un mini monde qui oblige les élèves à planifier leurs coups. Il ne faut pas se débarrasser d’une pièce mais réfléchir à une idée et un plan sur plusieurs phases. Nous organisons également des jeux où les élèves font figure de pièce et se déplacent sur l’échiquier. Ça devient du codage
. » Le jeu soutient également le calcul mental : « Ils comptent leurs points et ceux de leurs adversaires. Jouer permet d’apprendre en s’amusant et les élèves retiennent plus facilement
« , précise Isabelle Abello.
Une enquête (nouvelle fenêtre)menée par Yves Léal, maître de conférences à l’INSPE de Toulouse, montre que les échecs favorisent la concentration, la résolution de problèmes, la logique et apaisent la classe. « Les élèves osent prendre des décisions et s’imposent
« , renchérit Isabelle Abello. L’enseignante note que ses jeunes joueurs d’échecs sortent des quartiers nord : « En compétition, ils rencontrent d’autres enfants. Certains ne parlent pas bien français et gardent des difficultés à s’exprimer. Sur l’échiquier, cela ne se voit pas et le jeu leur donne confiance
. »












