►Les derniers chiffres.- Ce vendredi 22 mai, Tedros Adhanom Ghebreyesus a mis à jour les chiffres de l’épidémie. 82 cas confirmés en RDC. 7 décès confirmés. Près de 750 cas suspects. 177 décès suspects.
Ces chiffres progressent rapidement. Le rapport officiel du 20 mai, consulté par RFI, faisait état de 64 cas confirmés et 6 décès confirmés. En deux jours, 18 nouveaux cas confirmés et un décès supplémentaire. Tedros Ghebreyesus explique cette progression : les efforts de surveillance s’améliorent et les tests en laboratoire s’intensifient, ce qui permet de détecter des cas qui n’étaient pas comptabilisés auparavant.
Tedros Ghebreyesus est explicite sur l’ampleur réelle de l’épidémie : « Nous savons que l’épidémie au DRC est bien plus vaste. » Il cite la violence et l’insécurité comme obstacles directs à la réponse. Du personnel supplémentaire de l’OMS a été déployé en Ituri. Un briefing pour les États membres vient d’avoir lieu. Sur l’Ouganda, la situation est stable. Deux cas confirmés. Un décès. Aucun nouveau cas ni nouveau décès signalé.
►Ce que dit le rapport du 20 mai sur Bambu.- Les chiffres sont encore limités mais le signal est là. Un cas confirmé d’Ebola Bundibugyo. Deux cas suspects. Un décès en communauté. Cent vingt-huit contacts listés en une seule journée. C’est le deuxième plus grand nombre de nouveaux contacts enregistrés en une journée, après Rwampara qui en compte 286. Mais le taux de suivi de ces contacts est de zéro pour cent au 20 mai. Aucun n’a encore été vu. Le rapport ne précise pas quelles équipes sont déployées sur place, ni les circonstances du cas confirmé, ni les liens épidémiologiques avec les autres zones touchées.
Le directeur générale de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, le 20 mai 2026.
►Une zone que les humanitaires connaissent bien.- Bambu est dans le territoire de Djugu, à environ 35 kilomètres au nord de Bunia. Elle se trouve sur l’axe Iga Barrière-Mongwalu, la route qui relie Bunia à Mongwalu, considérée comme le point de départ de l’épidémie actuelle. Cet axe est l’un des plus dangereux de la province. La milice Codeco y est active depuis des années.
En octobre 2021, une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) s’est rendue dans la zone de santé de Bambu pour assister des populations isolées. Sur le chemin du retour, des hommes armés ont tiré sur le véhicule. Deux employés ont été blessés par balles. MSF a suspendu ses activités dans la zone et a dénoncé ce qu’elle appelait « le deuxième incident grave de cette nature en quelques mois ».
En janvier 2022, six personnes ont été tuées à la machette dans la zone. Le centre de santé de Dhengo a été pillé. Les médicaments, les matelas, les panneaux solaires, les fiches des malades, tout a été emporté. Des femmes enceintes ont dû fuir lors de l’attaque. En avril 2023, deux taximen moto ont été abattus par des miliciens de la CODECO sur l’axe Iga Barrière-Mongwalu. La société civile locale avait alors parlé d’absence totale de l’autorité de l’État. La route a été coupée pendant des semaines. Elle n’a rouvert qu’en mai 2023, grâce à des patrouilles motorisées des FARDC.
►Un tableau épidémiologique préoccupant au-delà de Bambu.- Le rapport du 20 mai apporte d’autres informations inquiétantes sur l’ensemble de l’épidémie. Le taux de suivi des contacts est de 7% au global, sur plus de 1 200 contacts identifiés dans les deux provinces touchées. Le rapport documente également quatre évadés dans les structures de soins au 20 mai, avant même l’incident de Rwampara du 21 mai. Un à l’HGR de Bunia, un à l’HGR de Rwampara, deux à Mongbwalu. Le rapport ne précise pas leurs circonstances ni leur statut, confirmé ou suspect.
Un risque frontalier est aussi signalé. Une note d’alerte officielle a été émise depuis le point d’entrée de Ntoronko, côté ougandais, signalant que des Congolais résidant en Ouganda reviennent de deuils en RDC au bord du lac Albert.
Côté laboratoire, neuf échantillons sont bloqués à l’INRB de Beni faute de moyen de transport vers un laboratoire d’analyse. Face à la défiance communautaire illustrée par l’incident de Rwampara, où des proches d’un malade décédé ont incendié les tentes d’un centre de traitement, les équipes de riposte ont fait une démarche formelle auprès du maire de Bunia pour interdire les veillées mortuaires pendant l’épidémie.
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