- Pour ce nouvel épisode du podcast « Inspirants », François-Xavier Ménage reçoit Dora Baghriche, créatrice de parfums de luxe.
- Elle revient sur son parcours, du départ d’Alger en pleine décennie noire, à son arrivée à Paris.
- Elle raconte également une petite partie des coulisses de la création d’un parfum.
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« Inspirants » : le podcast vidéo de François-Xavier Ménage
C’est un des métiers qui fait le plus rêver et que l’on considère comme l’un, voire, le plus glamour du monde : créateur de parfums de luxe. Un petit monde, très secret, très discret. Dans son nouvel épisode du podcast « Inspirants », François-Xavier Ménage est parti à la rencontre de Dora Baghriche. Franco-algérienne, elle travaille au sein de Firmenich, l’une des plus grandes maisons de parfums et d’arômes au monde. Faire sa place dans cet univers n’est pas une mince affaire puisqu’il y a moins de créateurs de parfum que d’astronautes. Dora Baghriche a été bercée à la fleur d’oranger, au milieu des citronniers, en Algérie. Elle quitte sa ville natale, Alger, dans les années 90, en pleine décennie noire pour vivre à Paris. « La sécurité n’était plus là, je suis arrivée dans un climat effectivement très difficile, mais très accueillie par la France
« , confie la créatrice. Elle ajoute : « C’était le début d’une aventure autre, plus culturelle, moins liée à mes émotions premières d’enfance, mes grands-mères, tout ce qui fait qu’on s’imprègne aussi de la Méditerranée
« .
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Mangue, encens et forêt de Géorgie
Fascinée par les odeurs, on salue depuis toute petite sa curiosité. « C’est une faculté qui m’aide beaucoup, ma sensibilité aux choses, aux gens
« . On l’observe le nez dans les fleurs, dans les tasses de café, mais « je crois qu’on n’avait pas repéré encore mon talent
« . Naturellement, après le bac, elle intègre, à l’époque, la seule école qui forme les nez, les artisans magiciens qui créent les parfums. Des centaines d’étudiants tentent le concours, pour vingt places par promotion. Et à la fin, « il y en a deux par promotion qui vont pouvoir vivre de leur art
« . Elle en fait partie. En 2010, elle est nommée parfumeuse. « J’avoue que dans ma famille tout le monde est très étonné, mais dans le bon sens, de la carrière que je fais, parce que personne n’aurait pu parier sur cette carrière
« , s’amuse Dora Baghriche.
Cet art ? Créer des parfums. Et pour celle qui crée des fragrances pour Yves Saint-Laurent, Armani ou encore Rabanne, la création commence par une investigation poussée. « Je vais très loin dans l’histoire de la marque
« . Pour Balenciaga, projet qu’elle a malheureusement perdu, elle se rend au Pays basque, à Guetaria, ville de naissance du créateur. Elle se rend au musée, visionne la série, lit tout ce qu’elle peut lire. Pourquoi ? Pour trouver l’histoire olfactive, « une force de frappe beaucoup plus grande
« . Pour Balenciaga, c’était trouvé l’ingrédient qui lie le Pays basque et les forêts de Géorgie qu’il affectionnait tant.
Pour Dora Baghriche, « le plus grand risque, c’est de ne pas de ne pas le prendre, de choisir le confort, la facilité
« . Aussi, elle n’hésite pas à proposer un accord inédit à la maison Rabanne : mangue et encens. Un pari risqué, « proposer le religieux et l’exotique, la plus ancienne matière de la parfumerie, l’encens avec un fruit exotique, un peu fun, un peu jeune
« . Et un pari payant, « ils ont été les premiers, ils ont osé ça et aujourd’hui, c’est une très grosse tendance »
.
Je sens en général entre dix et vingt matières premières brutes par jour, à l’aveugle
Je sens en général entre dix et vingt matières premières brutes par jour, à l’aveugle
Dora Baghriche, créatrice de parfums de luxe
Dans l’imaginaire collectif, la conception d’un parfum est encore obscure. Une partie se fait en laboratoire. En secret. « Des secrets industriels
« , souligne la créatrice. Et de rappeler : « Nos formules sont protégées, sont personnelles, même si on les crée avec des grands groupes
« . Le labo, un endroit qu’elle apprécie beaucoup, même si « je suis dans les aéroports et je crée sur mon ordinateur et qu’on a l’impression que je travaille chez Google
« . Parce qu’elle a ce besoin de sentir, de toucher, de se remémorer les propriétés, de ne pas oublier que « chaque matière a un point de fusion, un point d’évaporation, ça fait partie du parfum, ce phénomène physico-chimique
« . Elle ajoute que si les créateurs sont sensibilisés à la chimie, ce métier est avant tout un métier de savoir-faire. « C’est aussi aller voir les producteurs, distiller nos matières premières, aller voir les conditions d’extraction, se familiariser avec toutes les innovations, les nouvelles techniques qui nous permettent d’avoir des ingrédients différents
« .
Et puis, il y a aussi le nez, l’odorat qu’il faut toujours entraîner. « Je sens en général entre dix et vingt matières premières brutes par jour, à l’aveugle. Parce que je ne suis pas à l’abri d’en oublier. Je redécouvre des facettes
« . Un travail qui lui permet d’aller « à la recherche de ce qui n’existe pas, de l’idée qui va faire mouche, ça va de pair avec la passion
« . Et de conclure : « Plus on est passionné, plus on travaille et oui, il faut beaucoup travailler
« .














