Dix hommes ont été tués par balles en six mois à Grenoble et dans sa banlieue dans le cadre de « guerres de territoires exacerbées » entre narcotrafiquants qui, fait nouveau, filment leurs actes « pour impressionner » leurs rivaux, a déploré mercredi le procureur.
Ce constat « n’avait jamais été dressé auparavant et (…) oblige la puissance publique à vraiment mettre tout en œuvre pour essayer d’interrompre cette mécanique de la vengeance », a déclaré Etienne Manteaux, regrettant lors d’une conférence de presse d’avoir à dresser cette « sinistre comptabilité ».
La dernière fusillade en date, mardi soir, a fait un mort et quatre blessés près d’un point de deal dans un quartier sensible de Grenoble. Les victimes, des hommes âgés de 24 à 33 ans, présentent tous de lourds casiers judiciaires, a-t-il précisé.
L’homme tué, touché par deux balles au dos, sera autopsié jeudi. Quant aux quatre blessés, ils présentent « des blessures qui auraient pu être mortelles », et pour certains « ont manifestement eu beaucoup de chance », a-t-il détaillé.
Ces faits « apparaissent de façon évidente comme une riposte » à un autre homicide survenu dimanche dans la commune voisine d’Echirolles. Un corps avait été retrouvé dans une voiture incendiée avec des douilles à proximité. Selon le magistrat, il s’agit d’un « mineur de 16 ans ».
Les deux dossiers ont été à transmis à la juridiction interrégionale spécialisée de Lyon.
– « Habitude dramatique » –
Si Grenoble a déjà traversé de nombreux épisodes de violences liés au narcotrafic, notamment en 2024, « un palier a été franchi puisque les individus ne tirent plus aujourd’hui pour impressionner mais tirent pour tuer », a-t-il relevé, décrivant « des guerres de territoires exacerbées ».
En outre, les auteurs d’homicide ont pris une « habitude dramatique », celle « de se filmer pour impressionner », a souligné le procureur en expliquant que la fusillade de mardi soir avait fait l’objet de cette « nouvelle forme de revendication ».
Une vidéo montrant le passager d’une voiture tirer par la fenêtre avant, et filmée depuis le siège arrière, a circulé toute la journée sur les réseaux sociaux
Un autre film, montrant un piéton dissimulé par une capuche faire feu à l’intérieur d’une voiture à l’arrêt devant lui, a également été identifié par une source policière de l’AFP comme correspondant à la scène du crime d’Echirolles.
Outre les dix hommes décédés à Grenoble et Echirolles depuis le 1er décembre 2025, un corps en décomposition a été retrouvé le 11 mai dans le massif de la Chartreuse, a rappelé M. Manteaux. La victime de 27 ans présentait des dents fracturées et un morceau de tissu dans la bouche qui aurait provoqué son asphyxie, selon les éléments de l’enquête.
– Appel à la maire –
Au final, « c’est un défi redoutable que nous posent aujourd’hui les narcotrafiquants avec un recours aussi désinhibé à la violence et avec une organisation aussi difficile à démanteler », a souligné le procureur, évoquant des donneurs d’ordre « potentiellement non résidents sur le territoire national et une capacité, via les réseaux sociaux, à recruter des hommes de main ».
« Cela complexifie considérablement tant l’élucidation que le démantèlement de ces organisations criminelles quand elles sont aussi peu implantées en local », a-t-il ajouté, précisant avoir proposé à la maire de gauche de Grenoble Laurence Ruffin de « réactiver » des groupes locaux de traitement des délinquances.
« J’ai senti une oreille attentive » de sa part, a-t-il dit, évoquant une première réunion en ce sens vendredi, confirmée par la municipalité.
« Ces épisodes de violence sont inacceptables », a déclaré dans un communiqué l’adjoint à la Prévention et à la Sécurité Gaëtan Monot, réclamant « de nouveaux effectifs de police judiciaire afin de mener un travail de fond, durable (…) et faire reculer le narcotrafic qui abîme, meurtrit et empoisonne le quotidien ».
Pour l’opposition de droite, Grenoble se « mexicanise ». « Le sentiment d’impunité de ces criminels a atteint un tel seuil que désormais, ils filment et diffusent fièrement leurs exactions sur les réseaux sociaux », a déploré sur Facebook le conseiller municipal Clément Chappet.
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