Chaque jour ils l’attendent comme le messie. Plantés devant le Royal Monceau à Paris, les fans de Céline Dion ont presque tous les jours la joie de voir leur idole et d’échanger avec elle. Icône de mode au look ultra-pointu – on la croirait chaque jour descendue d’un podium de la fashion week, elle papote, plaisante ou remercie ces fidèles qui dit-elle la portent.
« J’ai cette vie grâce à vous. Je peux chanter et remonter sur scène parce que vous êtes là », glisse-t-elle ainsi à un fan.
À son public elle a toujours tout raconté, ses difficultés pour concevoir ses trois enfants, la mort de son mari René Angélil, et plus récemment sa maladie, racontée dans le documentaire Je suis: Céline Dion. Sans rien cacher des crises et des spasmes musculaires que provoque cette maladie, le syndrome de la personne raide, trouble neurologique rare dont elle est atteinte depuis des années.
« J’ai été un livre ouvert toute ma vie. Avec mes peines et mes joies. J’ai toujours tout raconté. Je ne peux pas changer, je suis faite comme ça », confiait-elle au 20 heures de TF1 en 2024, au moment de la sortie du documentaire.
« Elle a mis les frissons à tout le monde »
« Elle s’est toujours saisie de ces moments difficiles de sa vie pour se réinventer face au public », analysait Valentin Grimaud, auteur de Céline Dion: Vestale (aux éditions Le mot et le reste), en avril dernier dans Le titre à la une, y voyant une des clés de son succès. « Après le deuil (de René), continuer seule, ça a dû être un défi. Là, le défi est contre elle-même. Contre son corps ».
Sa prestation aux JO de Paris, en haut de la tour Eiffel, a cueilli tout le monde. Les fans et les moins fans.
« Le diagnostic de sa maladie et son temps loin de la sphère médiatique ont participé à créer la compassion du public. Elle s’est faite rare, alors qu’elle avait toujours été omniprésente. C’est ce qui a créé un véritable retour en grâce au moment des JO. À la cérémonie d’ouverture, on a tous attendu le moment où elle allait arriver. Alors qu’avant elle était clivante, là elle devient fédératrice », souligne Valentin Grimaud.
« Elle a mis les frissons à tout le monde », confirme au micro de BFM Sandy, une fan interrogée lors de l’ouverture de la boutique éphémère des Galeries Lafayette dédiée à Céline Dion. « Donc là ça va être pareil, d’autant plus quand on sait toute la difficulté à laquelle elle a été confrontée ».
Oublié le Céline Dion bashing, lorsque dans les années 2000 et 2010, elle se tourne vers les États-Unis et un registre plus commercial, et est en France notamment, sujet à moqueries. Le retour de la chanteuse après avoir affronté sa maladie – dont elle n’est pas guérie – a ému le public.
Humanité et vulnérabilité
À cette forme « d’humanité et de vulnérabilité », selon les termes de Valentin Grimaud, s’ajoute un répertoire qui accompagne les fans français depuis de longues années. Beaucoup témoignent ainsi de la façon dont la musique de Céline Dion les a aidés à surmonter leurs moments difficiles et leurs problèmes.
« J’ai 50 ans, je la connais depuis toute petite. Elle me rappelle des souvenirs. J’étais en sport-études, j’ai découvert l’album D’eux à ce moment-là et dans les moments un peu durs je mettais l’album », témoigne Sandy.
« Céline Dion m’a beaucoup aidé pendant le collège et le lycée, parce que je n’étais pas du tout bien dans ma peau, et l’avoir dans mes oreilles, c’était un remède », confie au Parisien Sacha Dally, un jeune fan qui a chanté pour Céline Dion devant le Royal Monceau.
D’autant que, loin de Las Vegas, où elle a assuré un show très américain pendant 16 ans, Céline Dion a tissé avec les Français une relation très particulière, grâce aux albums que lui a concoctés Jean-Jacques Goldman, celui qui lui a appris à « déchanter ». Jusqu’à Encore un soir, émouvante déclaration d’amour à son mari René, mort d’un cancer quelques mois auparavant.
Icône de mode pleine d’autodérision
Parmi les réinventions de Céline Dion, sa transformation après la disparition de René Angélil a conquis le public. Icône de mode pleine d’autodérision, c’est un peu ce qui se joue chaque soir avec les fans devant le Royal Monceau, au cours de longs échanges.
« C’est aussi cette assiduité qui fait la joie et qui force le respect », analyse Valentin Grimaud dans le podcast Le Titre à la une. « Parce que ce n’est pas un passage éclair, ce n’est pas un demi-sourire un peu ironique. Elle ne se force pas à les voir. En fait, il y a une relation presque de codépendance entre Céline Dion et son public ».
Ni posture, ni stratégie marketing. Celle qui chantait « Je suis une fille bien ordinaire », adaptation d’un titre de Robert Charlebois, a toujours entretenu cette relation avec son public. Comme l’a raconté à BFM Jacques Veneruso, auteur qui a composé certaines des chansons en français de Céline Dion.
Ce proche de René Angélil, le mari et le mentor de la chanteuse, disparu en 2016, se souvient: « après une longue journée de télé, à 3 heures du matin, je rentrais avec eux et on arrive à leur hôtel. Et devant leur hôtel il y avait 500 personnes, dans un silence religieux. Elle est épuisée. Elle rentre dans le hall. Puis elle s’arrête et elle retourne (voir les fans). Et là René me dit ‘on a le temps de boire un verre’. Et puis elle fait le tour de tous les gens, un par un, prendre une photo, faire une signature, dire un petit mot ».
« Ce qui est fou c’est que c’est un mélange de professionnalisme, de bienveillance et de simplicité qui est détonnant ».
Et si certains lui reprochent son côté perché, ses mimiques de clown, c’est ce qui plaît à son public et la rend, là encore, plus humaine – même si elle vit dans une villa de 800 m² au cœur d’un quartier sécurisé du désert du Nevada.
« Quand je vois aujourd’hui toutes les critiques sur son apparence, ses tenues, son côté parfois jugé ‘trop excentrique’ ou encore ses cheveux, je trouve cela vraiment dommage », regrette une fan sur TikTok. « Après tout ce qu’elle a traversé, et particulièrement avec la maladie, j’ai plutôt l’impression de voir une femme qui profite de la vie dès qu’elle le peut, qui s’amuse, qui ose et qui regarde certainement la vie avec un autre regard. Et franchement… Elle a bien raison! ».
Article original publié sur BFMTV.com

