Le président français Emmanuel Macron exposera la doctrine de dissuasion nucléaire de la France à la base sous-marine de l’Île Longue, dans un discours censé clarifier comment les armes nucléaires françaises pourraient protéger les alliés européens.
Le discours, prévu lundi prochain à la base du nord-ouest de la France qui abrite les quatre sous-marins à armement nucléaire du pays, intervient alors que les dirigeants européens s’interrogent sur la fiabilité des garanties de sécurité américaines sous l’administration du président américain Donald Trump. L’Élysée a déclaré que le discours « sera un moment important de son mandat » avec « sans doute des inflexions et des évolutions significatives » attendues, tout en soulignant que l’offre nucléaire de la France « n’est en aucun cas en concurrence avec l’OTAN ».
« Il y a de fortes attentes de la part des alliés et des partenaires, et peut-être aussi des adversaires, sur la façon dont la doctrine nucléaire française pourrait évoluer », a déclaré Héloïse Fayet, spécialiste de la dissuasion nucléaire à l’Institut français des relations internationales. Cette prise de parole représente une opportunité pour Emmanuel Macron de « tout clarifier et de proposer de vraies idées et suggestions concrètes pour un rôle plus important de la dissuasion française en Europe », ajoute-t-elle.
La décision reste française
Le discours d’Emmanuel Macron sera son deuxième grand discours sur la dissuasion nucléaire depuis son élection en 2017, après un discours en 2020 dans lequel il a proposé un « dialogue stratégique » avec les partenaires européens sur le rôle nucléaire de la France. L’offre de 2020 a reçu peu de réponses à l’époque, mais les attitudes européennes ont changé depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et les doutes renouvelés sur les engagements des États-Unis sous le second mandat de Trump.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré au début du mois qu’il avait eu des « discussions initiales » avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire et a théorisé publiquement sur le fait que les avions de l’armée de l’air allemande pourraient transporter des bombes nucléaires françaises. La France reste le seul membre de l’UE doté de l’arme nucléaire et possède près de 300 ogives, ce qui, selon Emmanuel Macron, suffira à infliger des dommages irréversibles à tout pays menaçant les intérêts vitaux de la France.
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Héloïse Fayet a souligné qu’il n’était pas prévu de partager la décision d’utiliser des armes nucléaires.« Il appartiendra toujours au président français de décider, et il n’est pas question que les alliés paient pour la dissuasion nucléaire française », affirme-t-elle.
« Si un jour il y a une raison pour laquelle nous ne pouvons plus croire en la garantie de sécurité américaine, que toutes les forces, tant nucléaires que conventionnelles, se sont retirées d’Europe, à cet égard, oui, la France et le Royaume-Uni devront vraiment s’intensifier, peut-être augmenter le nombre d’ogives, mais la chose la plus importante, je pense, est d’empêcher la prolifération nationale », ajoute la spécialiste.
Le tournant nucléaire en jeu
Le contexte géopolitique dans lequel s’inscrivent les armes nucléaires a considérablement évolué ces dernières années. La Russie a révisé sa politique de dissuasion en 2024, en abaissant son seuil d’éventuelles représailles nucléaires. La Chine et la Corée du Nord développent leurs arsenaux nucléaires, tandis que les États-Unis ont envisagé de reprendre leurs essais nucléaires.
En octobre, Donald Trump a fait part de son intention de reprendre les essais nucléaires pour la première fois depuis 1992, bien que le secrétaire américain à l’énergie, Chris Wright, ait déclaré par la suite que ces essais n’incluraient pas d’explosions nucléaires.
Le Royaume-Uni a annoncé son intention d’acheter des avions de combat F-35A à capacité nucléaire fabriqués aux États-Unis, rétablissant ainsi une capacité de mener des frappes aériennes nucléaires qu’il avait progressivement abandonnée dans les années 1990, ne disposant plus que de missiles nucléaires basés sur des sous-marins.
Le lieu choisi pour le discours de Emmanuel Macron lundi – la base de l’Île Longue où se trouvent les quatre sous-marins nucléaires français – montrera que les présidents français disposent également de la puissance nucléaire dans un monde de plus en plus instable. Chaque sous-marin peut transporter 16 missiles balistiques intercontinentaux M51, chacun armé de plusieurs ogives.













