A quoi peut mener le métier d’auteur de bande dessinée… En 1975, un éditeur iranien contacte les éditions du Lombard pour une commande un peu particulière : une BD biographique à la gloire du shah, Mohammad Reza Pahlavi. Intitulé « la grandeur retrouvée », un album de 70 pages (non traduit) louant les projets de modernisation du pays sortira l’année suivante à Téhéran. L’histoire n’a pas retenu pourquoi la maison d’édition belge avait demandé à Dino Attanasio de mettre en image ce panégyrique illustré. Ni pourquoi celui-ci avait accepté d’y prêter son pinceau. S’en souvenait-il au moins encore, ces dernières semaines, à l’aune des révoltes sanglantes qui ont enflammé l’Iran ?
L’anecdote témoigne en tout cas de la facilité avec laquelle Dino Attanasio, mort le 17 janvier à l’âge de 100 ans, pouvait passer d’un projet à l’autre sans barguigner. Nombreux à cette époque – qui correspond encore à l’âge d’or de la BD franco-belge – étaient les auteurs à alterner les styles et les albums dans les deux grands genres de la production, l’humour et l’aventure. Attanasio était aussi à l’aise dans le dessin façon « gros nez » que dans un mode réaliste ou semi-réaliste. Reprendre des héros conçus par d’autres ne l’a pas empêché de créer ses propres personnages. Longtemps dessinateur de séries, il fut aussi dessinateur de one shot à la fin de sa carrière. Loin du talent d’un Uderzo ou d’un Franquin, ses contemporains, l’homme avait la réputation d’être un des plus fiables artisans de ce médium que l’on n’appelait pas encore 9e art.
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