dimanche, juillet 19

Cette annonce, aussitôt saluée par le gouvernement de RDC comme un moment « historique », relance un débat vieux de plusieurs décennies dans un pays où les dialogues nationaux se succèdent, depuis 1960, sans avoir, jusqu’ici, épuisé les crises qu’ils étaient censés résoudre.

Ce que l’on sait

Le principe est acquis. Le président Félix Tshisekedi a annoncé son intention d’organiser ce dialogue. Il le fera lui-même, en vertu de l’article 69 de la Constitution qui fait de lui le garant de la nation, prérogative que le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a rappelée à plusieurs reprises lors du point presse du 17 juillet. Une ordonnance présidentielle doit encore fixer les termes de référence, la méthodologie et les modalités d’organisation.

Les confessions religieuses, réunies notamment autour de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), de l’Église du Christ au Congo (ECC), de la Communauté musulmane et de la Plateforme des confessions religieuses, se voient confier un rôle d’accompagnement. Elles devront poursuivre les consultations, déjà engagées, auprès des différents acteurs politiques et sociaux. Le cardinal Ambongo a lui-même indiqué que cette mission serait portée « comme un apostolat ».

Le gouvernement précise que ce dialogue ne suspend ni ne remplace les deux autres cadres en cours : le processus de Washington entre la RDC et le Rwanda et celui de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23. Ces deux processus, selon Patrick Muyaya, continuent en parallèle.

Sur le plan diplomatique régional, l’annonce s’inscrit dans une séquence de plusieurs semaines. Le président burundais Évariste Ndayishimiye, en exercice à la tête de l’Union africaine, a mené des consultations à Bujumbura, début juillet, avec l’opposition et les confessions religieuses. Le président congolais de Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso, a reçu le cardinal Ambongo le 9 juillet.

L’Angola, de son côté, n’est pas hors-jeu. C’est Luanda qui était à la manette, en amont, pour une médiation confiée par Tshisekedi et avait remis, en amont, une feuille de route et un cadre de référence pour un dialogue intercongolais.

Ce que l’on ne sait pas

La date du dialogue n’est pas fixée – le lieu non plus. Et au-delà du principe, réaffirmé par le gouvernement, qu’un dialogue congolais doit se tenir, en RDC, sur le modèle de la conférence nationale souveraine, la composition des participants reste à déterminer. Aucun comité n’a encore été formé et le gouvernement lui-même s’est refusé à préciser si des catégories comme la jeunesse ou les artistes y seraient associées, renvoyant cette question à un stade ultérieur.

Le contenu exact que recouvre le mot « inclusif » demeure disputé. Le porte-parole du gouvernement le définit comme la réunion de Congolais capables de condamner sans ambiguïté ce qu’il qualifie d’« agression rwandaise », ce qui laisse ouverte la question de l’exclusion de certains acteurs jugés, à ce stade, insuffisamment clairs sur ce point.

La question de la révision constitutionnelle, qui cristallise l’essentiel des tensions avec l’opposition, n’a pas de statut arrêté. Patrick Muyaya affirme qu’elle n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres, tout en n’excluant pas qu’elle soit abordée si des participants la soulèvent au cours du dialogue. Cette position coexiste avec la déclaration du président du 29 juin – sans être formellement articulée avec elle. Selon celle-ci, le dialogue « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ».

Enfin, l’articulation entre ce nouveau dialogue et la feuille de route en quatre étapes, déjà publiée, en août 2025, par la Cenco, l’ECC, la Plateforme des confessions religieuses et la Coalition interconfessionnelle pour la nation (mois de la paix, dialogue des experts, dialogue politique, conférence internationale sur les Grands Lacs), n’a pas été explicitée publiquement à ce stade.

Sur plusieurs de ces zones d’ombre, un membre du gouvernement a apporté, sous couvert de l’anonymat, des éléments qui permettent d’apporter certaines clés. Selon cette source, l’ordonnance présidentielle serait liée au retour d’un déplacement du chef de l’État de New York – en clair, pas avant la fin du mois. Le lieu resterait la RDC dans tous les cas, le principe défendu en interne étant que les dialogues congolais doivent se tenir sur le sol congolais, à l’image de la conférence nationale souveraine. D’éventuelles « mesures de décrispation » peuvent être envisagées pour rassurer certains participants, sans déplacer le cadre lui-même.

Toujours selon cette source, les personnes condamnées à mort pour des faits qualifiés d’« avérés » ne pourraient pas participer au dialogue national, tandis que des cas jugés moins graves feraient l’objet d’une consultation par les évêques dont le rapport serait ensuite soumis à l’appréciation du président.

Enfin, cette même source a laissé entendre que le format national resterait distinct du processus de Doha où seraient traités les développements associés à l’AFC/M23 : une distinction qui n’a pas été confirmée publiquement en ces termes lors du point presse du 17 juillet et qui doit, à ce titre, être maniée avec prudence.

Ce qui reste à faire

La prochaine étape concrète est la publication de l’ordonnance présidentielle, seule à même de répondre aux questions de date, de lieu, de participants et de méthode. Les chefs religieux doivent poursuivre leurs consultations, notamment auprès de l’opposition. Le cardinal Ambongo a entamé des échanges avec plusieurs responsables pour leur restituer le contenu de sa rencontre avec le président.

Les rôles en présence

Le président Tshisekedi conserve, selon le dispositif annoncé, l’exclusivité de la convocation et de l’organisation du dialogue. Les confessions religieuses jouent un rôle de facilitation et de consultation, sans détenir elles-mêmes le pouvoir de décision sur le format.

Le Burundi et la République du Congo apparaissent, sur cette séquence, comme les principaux relais diplomatiques régionaux ayant contribué à faire aboutir l’annonce, l’Angola conservant un rôle distinct sur le dossier intercongolais depuis plusieurs mois.

Le gouvernement, par la voix de son porte-parole, s’est présenté comme chargé de la communication autour du processus, en particulier vis-à-vis des médias.

Face à ce dispositif, la coalition d’opposition C64, qui réunit notamment Martin Fayulu, Delly Sesanga, Moïse Katumbi et Jean-Marc Kabund, pose des préalables explicites : renoncement public au projet de révision constitutionnelle, libération des prisonniers politiques, arrêt des poursuites judiciaires à caractère politique et rétablissement des libertés publiques. Elle a précisé, après sa rencontre avec le président burundais, n’avoir ni négocié ses convictions ni suspendu ses actions et maintient l’appel à manifester, le 22 juillet, vers le Palais de la Nation.

La Cenco, de son côté, a réaffirmé, le 20 juin, son opposition à toute révision constitutionnelle, estimant ne voir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité ».

Enjeux et défis

Le premier défi est celui de la définition de l’inclusivité elle-même. Le gouvernement et l’opposition n’en donnent pas le même sens. L’un la conditionne à une position claire contre le Rwanda, l’autre la conditionne à des gages politiques préalables sur les libertés publiques et la Constitution. Tant que ces deux lectures ne convergent pas, la participation effective d’une partie significative de l’opposition reste incertaine.

Le deuxième défi est la multiplicité des cadres parallèles. Washington, Doha, la médiation angolaise sur le dialogue intercongolais, et désormais ce dialogue national porté par les confessions religieuses, coexistent sans qu’un schéma d’articulation ait été rendu public. Cette accumulation de processus alimente un scepticisme documenté chez plusieurs acteurs dont la coalition Lamuka, d’autant plus qu’aucun n’a, à ce jour, produit d’amélioration significative sur le terrain au Nord et au Sud-Kivu

Le troisième défi tient au précédent historique. Plusieurs cycles de dialogue et d’accords n’ont pas empêché la résurgence de groupes armés sous des sigles renouvelés. Un constat rappelé lors du point presse du 17 juillet par un journaliste et non réfuté par le porte-parole du gouvernement, qui a lui-même énuméré les mutations successives des mouvements armés, dans l’est du pays, depuis 30 ans.

Le quatrième défi est celui de la confiance entre les acteurs, en particulier entre le pouvoir et les Églises, dont les relations avaient été fragilisées par des désaccords antérieurs sur la manière de qualifier l’agression rwandaise. Selon un membre du gouvernement, la rencontre du 17 juillet aurait été précédée d’échanges particulièrement tendus, la veille, entre l’entourage présidentiel et les chefs religieux, sur fond de défiance persistante ; une information qui, là encore, provient d’une source unique et n’a pas été confirmée publiquement, mais qui éclaire la solennité inhabituelle avec laquelle le cardinal Ambongo a exprimé sa gratitude au président le lendemain.

Pourquoi la prudence s’impose

Plusieurs éléments invitent à ne pas anticiper une issue rapide ni acquise. D’abord, ce qui a été annoncé le 17 juillet est la levée d’une option, non la convocation formelle d’un dialogue. Aucune date, aucun format, aucune liste de participants n’ont été arrêtés. Ensuite, cette annonce s’inscrit dans une séquence où le président avait déjà, selon des sources internes à l’Église citées par Actualite.cd, approuvé l’idée d’un dialogue en début d’année avant de faire volte-face. Le gouvernement lui-même a produit, lors du point presse, une liste d’une dizaine de dates, depuis février 2025, où le président avait déjà exprimé son ouverture au dialogue, sans qu’aucune de ces occasions n’ait débouché sur sa convocation effective.

Par ailleurs, les positions de fond des principaux acteurs demeurent, à ce stade, difficilement conciliables. La C64 exclut explicitement toute discussion sans renoncement préalable au projet constitutionnel ; le gouvernement n’exclut pas d’aborder ce sujet dans le cadre du dialogue tout en réaffirmant, par la voix du président lui-même le 29 juin, que le dialogue ne peut remettre en cause les institutions. Cette tension n’a pas été levée par l’annonce du 17 juillet.

Enfin, les efforts diplomatiques engagés en parallèle, à Washington comme à Doha, n’ont pas produit à ce jour de résultats tangibles sur le terrain. Dans ce contexte, l’annonce d’un dialogue national, aussi significative soit-elle sur le plan symbolique, reste à ce stade une déclaration d’intention dont la traduction concrète dépendra de l’ordonnance présidentielle attendue et de la capacité des acteurs à s’entendre sur des termes qu’ils ne définissent pas encore de la même manière.

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